On a l’habitude.
Les retraites, sujet de clivage politique, font l’objet d’une bataille dogmatique où rivalisent certitudes et indifférence.
Dans ce débat, on a un peu oublié l’essentiel : les gens.
- C’est quoi, vieillir aujourd’hui ?
- Qu’est-ce qu’un senior actif, un senior au chômage, un senior malade, un senior à la retraite ?
- Quelle place la société leur fait-elle ?
Traiter du sujet des retraites, c’est d’abord répondre à ces questions. Et les réponses existent, il suffit de consulter les nombreuses études réalisées depuis des années.
Une vie plus longue ?
On nous l’a assez ressassé, l’espérance de vie en France augmente régulièrement, de l’ordre de 2 mois supplémentaires chaque année, et est estimée pour un nouveau né en 2009 à 77,8 années (garçon) ou 84,5 années (fille).

Intuitivement, si l’augmentation de l’espérance de vie est une bonne nouvelle, on ne la perçoit pas forcément comme un avantage personnel, ces chiffres étant de nature statistique. En toute rigueur, chaque année de vie passée nous fait appartenir aux happy few qui ont vécu jusque là, et ce club a une espérance moyenne de vie supérieure. En 2009, un sexagénaire a une espérance de vie de 82,2 années, ce qui est bien supérieur au 77,8 années pour le nouveau né, bien que ce dernier profitera davantage des progrès en la matière. S’il a la chance de vivre jusqu’à 60 ans. Car l’augmentation de l’espérance moyenne de vie n’implique malheureusement pas sa répartition équitable.
Un peu quand-même, en fait. Si l’on considère, par tranche d’âge, la mortalité en France entre 1975 et 2005, on observe que les progrès (baisse) sont plutôt bien répartis, et légèrement au profit des plus jeunes (graphique de gauche) :

Ainsi, si les plus jeunes profitent en priorité des progrès en matière de santé, sécurité, etc. ces progrès concernent le plus grand nombre.
La figure de droite exprime le gain en vies sauvées par millier de personnes, et cette valeur est bien entendue d’autant plus élevée que la mortalité l’était en 1975. On constate donc un pic chez le nourrisson (mortalité infantile précoce élevée), et des valeurs croissant avec l’âge.
Il apparaît donc que si les progrès en gériatrie, ou tout ce qui concerne la protection des personnes âgées, se sont accrus d’un peu plus de moitié par rapport aux progrès en pédiatrie (l’effort collectif portant essentiellement sur cette dernière discipline), leurs effets démographiques sont de 10 à 100 fois supérieurs.
Ce mécanisme purement arithmétique, combiné avec une pyramide des âges inversée, conduit à une explosion démographique des plus de 75 ans. Ainsi, la répartition par génération de la population française (et sa projection) est considérablement modifiée :

Il en résulte que notre problème d’équilibre financier d’origine démographique tient davantage dans la prise en charge des plus de 75 ans, en hausse forte et continue, que dans le financement des retraites du « 3ème age », qui croît lentement, exception faite du pic du baby-boom devenu papy-boom.
Le point de vue démographique de la chose devrait donc nous inciter à explorer en priorité la piste des coûts de prise en charge de la dépendance liée à l’âge, en développant des moyens dans ce domaine. Or il n’est pas sûr (c’est un euphémisme) que les institutions existantes soient la panacée, en termes humains comme économiques. On peut imaginer une meilleure solidarité intra-générationnelle, consistant par exemple à mettre en « pot commun » une partie des pensions de retraite et du patrimoine de ceux qui deviennent dépendants, de manière à financer, et à réduire par effet de volume, les coûts de prise en charge.
Si la retraite par répartition est l’expression de solidarité inter-génération, il serait bon de développer, au sein d’une même génération, plus de solidarité.
N’oublions jamais que les progrès de la médecine reposent sur l’expérience, donc sur les patients, et donc essentiellement sur les pathologies… des modestes, plus nombreux. Ceci fait de la santé le domaine solidaire par essence.
60 ans, mais dans quel état ?
60 ans, 65 ans, 70 ans, on jongle avec ces chiffres comme s’ils signifiaient quelque chose. En fait oui, ils signifient… l’âge de la retraite. La boucle est bouclée, et souvent le débat aussi.
A l’allongement de l’âge de départ en retraite, on peut facilement opposer un argument : Le taux d’activité des seniors décroit fortement avec l’âge.
Il y a trois raisons à ça : les problèmes de santé se multiplient, le marché du travail est davantage fermé, et la proximité de l’âge de départ constitue, pour des raisons essentiellement économiques (on se rapproche du taux plein), une bonne raison de prendre prématurément sa retraite (ce dernier point étant confirmé par une étude de l’IRDES).
La première raison (santé) est en principe indépendante du système de retraites : il s’agit de pathologies directement liées au vieillissement, ou de probabilité croissante, avec le temps, d’être victime d’une affection grave.
Cependant, la prise en charge de ce problème diffère énormément selon les pays, et biaise largement les statistiques du taux d’emploi des seniors. Ainsi, si l’on compare le taux d’emploi par âge de 4 pays européens (F, D, UK, S), on constate que la Suède est championne pour l’emploi des séniors :

Pas si sûr. Un bulletin de l’IRDES traitant des dispositifs de cessation de l’activité selon ces pays fait état de grandes disparités dans le statut des personnes bénéficiant d’une pension d’invalidité, leur permettant de sortir des statistiques du marché du travail :

L’article précise que si en France, la pension d’invalidité représente 50% du dernier revenu de l’intéressé, le statut de salarié en fin d’activité, dispensé de recherche d’emploi, lui assure 65 à 75% de ce revenu… On s’en doutait, mais ces statistiques du chômage sont décidément trop tordues pour être prises au sérieux.
Mais d’abord, de quoi souffrent les salariés en incapacité ?
Une enquête de SHARE (Survey on Health Ageing and Retirement in Europe) menée en 2004, et compilée par l’IRDES s’est intéressée aux pathologies les plus invalidantes chez les 50-65 ans. Dans l’ordre décroissant de limitation de l’activité : Maladie de Parkinson – Fracture de la hanche – Ostéoporose – Cataracte – Accident vasculaire cérébral – Cancer – Asthme – Maladie pulmonaire – Ulcère gastrique – Diabète – Maladie cardiaque – Polyarthrites – Cholestérol – Hypertension artérielle. On y voit aussi que les deux pays où l’on se déclare le plus limité dans son activité sont les Pays Bas et… la Suède.
Curieusement, cette étude reste très « pudique » sur les affections psychiatriques, absentes des statistiques.
Pourtant, comme le montre une étude de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés (CNAM-TS) réalisée en 2000, et présentée dans un rapport de l’Assemblée Nationale, la consommation de psychotropes touche d’abord les sujets âgés, en particulier les femmes :

Cette étude met en évidence des prescriptions en partie abusives de ces psychotropes (selon les études, la France est championne en Europe – ou seconde après la Belgique – de la consommation de ces substances), mais également la part de « malaise » liée à l’âge, voire à l’activité salariée / chômage (pic des antidépresseurs à 50-59 ans). A partir de 50 ans, presque une Française salariée sur deux « tourne aux médocs ».
Mais c’est si l’on interroge directement les gens que l’on met en lumière les disparités les plus importantes. L’étude la plus intéressante, réalisée par SHARE et portant sur 22 000 personnes, s’intéresse à la Pénibilité au travail et la santé des seniors en Europe. Je recommande sa lecture, et en voici extraites quelques observations :
- On est en meilleure santé si :
- le salaire et/ou les perspectives d’avancement ou de progression personnelle sont élevés,
- la pénibilité physique perçue et la pression sont faibles,
- la possibilité de décider de la conduite de son travail et de développer de nouvelles compétences est forte,
- la sécurité de l’emploi est forte.
- Le rapport insiste bien sur l’état de santé des chômeurs :
- 78 % des personnes de 50 à 65 ans en emploi se perçoivent en bon état de santé contre 58 % des personnes sans emploi.
- Le rapport conclut ainsi :
- « Les caractéristiques de l’organisation du travail et la santé constituent des déterminants importants de la participation des seniors au marché du travail. Si l’on souhaite favoriser l’emploi des seniors et préserver leur santé sur leur lieu de travail, la mise en œuvre d’une prévention des risques organisationnels constitue une solution efficace. »
No country for old man
Le marché du travail est-il adapté aux séniors ? On a presque honte de poser la question, tellement la réponse semble évidente.
Le monde de l’entreprise a fortement évolué ces dernières décennies, et cette évolution peut être caractérisée par deux facteurs en partie liés : le taux d’emploi et la productivité (en hausse).
Toutefois, il existe en Europe de grandes disparités devant ces paramètres (voir cet article de J-F Jamet). La productivité se fait souvent au détriment du social, ce qui fait porter son coût sur les structures collectives sociales. Ainsi, les RTT ou les emplois aidés, représentent à la fois un bien social et un mal en termes de productivité par personne. Inversement, « si l’on passe durablement d’un rythme de productivité de 1 à 2 % par an, la croissance du PIB est supérieure d’1 point et celle de l’emploi identique à la situation antérieure » (voir Rapport d’information n° 189 (2006-2007) du Sénat chapitre III).
Toujours est-il que le monde de l’entreprise agira naturellement, pour des raisons économiques évidentes, dans le sens d’une productivité maximale, et que l’on peut constater au sein de l’OCDE que les pays les plus développés sont à la fois les plus productifs, et ceux qui consomment le moins d’heures de travail.
Quand on aborde le sujet de la productivité des seniors, on touche là à un sujet tabou, probablement à cause du langage électoral qui évite d’associer l’âge d’une population très représentative de l’électorat à une faiblesse quelconque. Une étude de l’INSEE nous donne quelques éléments essentiels.
D’abord, les disparités sont énormes selon :
- Le domaine d’activité : l’Industrie voit la productivité des salariés chuter dès 40 ans, alors que le Commerce et les Services la voient maximale à 45 ans, puis relativement stable.
- Le niveau de qualification : Si les plus qualifiés mettent à profit leur expérience et augmentent ainsi leur productivité comme leur salaire, les autres stagnent en salaire, ou restent au chômage notamment quand des grilles salariales sont appliquées.
On observe ainsi une augmentation statistique des salaires moyens avec l’âge, mais essentiellement liée au fait que plus l’âge avance, plus les non qualifiés sortent du marché de l’emploi. Pour les femmes, le salaire moyen n’augmente pas ou peu avec l’âge, car les sorties du marché de l’emploi sont plus fréquentes, à haut niveau de qualification aussi.
A un problème humain, des réponses humaines
On est face à trois problèmes :
- Comment améliorer le taux d’emploi des seniors les moins qualifiés, dans l’industrie notamment ?
- Comment adapter l’environnement de travail aux plus « fragiles » des seniors, pour leur permettre d’exprimer leur expérience tout en préservant leur santé ?
- Comment éviter l’effet de seuil lié à un âge officiel de départ à la retraite, qui a l’inconvénient de noircir la perception des seniors et d’inciter le salarié à ne raisonner qu’en fonction de son calcul de décote ?
Le premier point concerne essentiellement les entreprises, sa réponse doit donc s’adresser à elles. On cherche ici à corriger deux tirs : D’une part (court terme), la baisse de productivité qui ne peut avoir qu’une réponse économique, et d’autre part (long terme) les profils de carrières qui ne doivent plus « laisser en friche » les talents de nombreux salariés, condamnés à ne fournir qu’un travail de nature quantitative, sans capitalisation de l’expérience.
Une aide financière à l’embauche des seniors, sous forme d’allégement des charges par exemple, aurait un effet pervers sur le taux d’emploi des autres générations, et notamment des jeunes. En revanche, associer l’emploi d’un jeune à celui d’un senior évite cet inconvénient. Ainsi, une solution consisterait pour l’entreprise à ne payer de charges sociales que sur une tête, pour un binôme constitué d’un junior et d’un senior. Le senior ne travaillerait qu’à temps partiel, selon des conditions définies plus loin.
Un système de bonus-malus établi en fonction des efforts de formation et plus généralement de la gestion des ressources humaines dans le sens d’une meilleure capitalisation de l’expérience, pourrait être appliqué, et éviter ainsi les carrières vouées tôt ou tard à une sortie anticipée du marché de l’emploi.
Le second point, abordé dans le rapport de l’IRDES (grosse enquête SHARE), nécessite un aménagement des conditions de travail. Cependant, compte tenu de la spécificité des seniors, dont les compétences s’expriment « dans la qualité plus que dans la quantité », l’aménagement qui parait le plus simple à mettre en place est celui du temps de travail (annualisé) décroissant.
Ainsi, on peut conjuguer productivité et employabilité des seniors, tout en privilégiant l’espérance de vie, en démarrant dès 50 ans le cycle suivant (les valeurs sont indicatives) :
- travail à 80%, payé 90% de 50 à 55 ans (5% pris en charge par l’État, idem pour l’entreprise)
- travail à 60%, payé 80% de 55 à 60 ans (10% pris en charge par l’État, idem pour l’entreprise)
- travail à mi-temps, payé 75% de 60 à 65 ans (15% pris en charge par l’État, 10% pour l’entreprise)
- travail à mi-temps, payé 75% (prise en charge intégrale par l’entreprise) au delà, sur souhait du salarié et de l’entreprise.
Cette formule serait facultative (alternative au « x » années légales), mais décidée de manière irréversible : on profite du confort sur la période 50-60 ans pour améliorer sa santé, et travailler à mi-temps jusqu’à 65 ans.
Le fait d’aborder la vie professionnelle dans un contexte évolutif vers plus de temps libre (WE plus longs, ou partie de l’année passée au vert à préparer sa retraite) permettrait d’agir là où ça pèche : le moral. Ça permettrait aussi aux salarié(e)s travaillant à temps partiel par obligation d’acquérir un droit de pension plein-temps avant la retraite (reconnaissance financière).
Le 3ème point concerne directement le calcul de décote : Un salarié aura d’autant plus tendance à partir prématurément en retraite que sa décote sera faible, et donc qu’il se rapprochera de sa période optimale de cotisation. Or on ne sait, jusqu’ici, traiter finement le problème d’injustice liées aux disparités sur l’espérance individuelle de vie (pénibilité + facteurs génétiques).
Jusque là, en fonction de la durée de cotisation, on améliorait plus ou moins sa retraite. Le montant de la pension était alors fixé, à vie. Ceux qui vivaient plus longtemps avaient doublement plus de chance.
Si maintenant, on applique un montant de pension décroissant, de l’ordre de -5% tous les cinq ans (en appliquant un plancher), on rétablit en (faible) partie l’équité dans le partage des montants cotisés. Et si la date, à partir de laquelle la décroissance de la pension commence, dépend de la durée de cotisation, on se trouve dans la situation suivante :
- les salariés en mauvaise santé partirons tôt en retraite, en profitant (moins longtemps hélas que la moyenne, mais plus confortablement qu’auparavant) d’une pension optimale,
- les salariés se sentant en bonne santé auront intérêt à cotiser plus longtemps, pour reculer la date de décroissance de pension,
- les salariés partis tôt malgré une bonne santé seront pénalisés, car ils connaîtrons plus tôt une baisse de leur pouvoir d’achat, et participeront ainsi davantage au financement des dépendances du 4ème âge.
Ce nouveau calcul de décote peut paraître un peu surprenant, mais il permet, indépendamment des statuts (public/privé), des domaines d’activité ou des niveaux sociaux, d’équilibrer les choses et de mettre chacun devant ses responsabilités.
Associé à une véritable prise en charge collective du 4ème âge, il permettra dans chaque situation individuelle d’équilibrer durée de cotisation et durée de retraite avant perte d’indépendance.
Car il s’agit de faire financer, progressivement, la dépendance :
- par les retraités, de la manière la plus redistributive possible (solidarité intra-générationnelle),
- par l’entreprise, à travers sa participation à la réduction du temps de travail des seniors (« taxe » sur la productivité accrue),
- par l’État, à travers sa participation à la réduction du temps de travail des seniors et à l’aide sur l’emploi junior-senior (ce qui constitue un bon investissement Santé/Économie).
Au fond nous nous trouvions au XXème siècle devant le problème du financement des retraites pour tous. Et nous avons répondu par le système par répartition, expression de solidarité entre 2ème et 3ème âge.
Aujourd’hui devant le problème du financement des pensions des plus de 75 ans, il s’agit de mettre en place une solidarité issue du 3ème âge en bonne santé, chez les actifs comme chez les retraités les plus aisés. Les disparités importantes des revenus des retraités (par sexe, par régions, par rapport pension/cotisations, par carrière, par patrimoine, par complément de capitalisation) devraient nous y inciter.
Sources :
INSEE
Espérance de vie à divers âges (série longue depuis 1994)
Taux de mortalité par âge en France de 1975 à 2005
Population par groupe d’âge (série longue depuis 1901)
Projection de population à l’horizon 2050 et structure par âge
Taux d’emploi par âge dans l’Union européenne
Les salaires des seniors sont-ils un obstacle à leur emploi ? – Patrick AubertIRDES
Partir à la retraite en Europe : déterminants individuels et rôle de la protection sociale – Thierry Debrand, Nicolas Sirven
Quels dispositifs de cessation d’activité
pour les personnes en mauvaise santé ? – Thomas Barnay, François Jeger (DREES)
L’impact de l’état de santé sur l’emploi
des seniors en Europe – Thomas Barnay, Thierry Debrand
Pénibilité au travail et santé des seniors en Europe – Thierry Debrand, Pascale LengagneAssemblée Nationale
Rapport sur le bon usage des médicaments psychotropes – Maryvonne BRIOT
Sénat
Productivité et niveau de vie : l’ Europe décroche-t-elle ? – Joël BOURDIN
Fondation Robert Schuman
Productivité, temps de travail et taux d’emploi dans l’Union européenne – Jean-François Jamet
OCDE
Article publié sur AgoraVox le 9 juin 2010
Merci pour ces éclaircissements.
Devant les difficultés logiques à venir, ces hypothèses et propositions sont une voie raisonnable et probablement équitable. Reste une inconnue gigantesque, voire menaçante : les solutions choisies, le seront par les puissants économiques, donc politiques, du moment. Cette réalité décisionnelle jouera-t-elle en faveur de l’équité et de la justice ?
A la manière dont les évènements fonctionnent aujourd’hui, le doute est sévèrement permis.
Merci de nourrir notre « comprenoir ».
Quel travail ! On est loin des discussions du café du commerce.
Et pourtant je bloque sur l’approche même de ce genre d’étude; ou du moins sur l’idée qu’une personne ou un groupe d’expert m’impose sa vision de la retraite, c’est à dire leur vision du développement de la démographie, de l’économie… et in-fine de la retraite que je toucherai (ou pas) comme salarié.
En fait je n’ai plus confiance dans la somme de chiffres et d’études; un petit 0,5% de différence d’appréciation de la croissance change tout, après 30 années de capitalisation. Le sujet est trop politique pour être honnête.
Je voudrais avoir le choix; la responsabilité de décider pour moi; et d’éventuellement même faire un moins bon choix. Je n’aime pas les experts qui veulent faire mon bien malgré moi.
L’impression générale que j’ai après moult lectures de rapports, d’articles et de statistiques est la disparité des situation (elle croît avec l’âge), et l’iniquité liée à l’application de systèmes différents.
Ce qui fait que je crois nécessaire de proposer plusieurs alternatives, au choix, et en même temps que le « catalogue » soit le même pour tout le monde.
» Ce qui fait que je crois nécessaire de proposer plusieurs alternatives, au choix, et en même temps que le “catalogue” soit le même pour tout le monde. »
C’est exactement là que le vrai problème gît. Toute l’énergie dépensée par les pouvoirs concourt à supprimer les possibilités de choix. Ils ne veulent pas d’alternatives. Ils veulent imposer leurs options, c’est tout. C’est même le but recherché par tous leurs efforts …
Je suis persuadé qu’il ne faut pas perdre de vue ce mode de fonctionnement, si on veut conserver un minimum de lucidité, voire d’efficacité.
Voilà une contribution enrichissante et bien documentée. Un petit regret cependant .Tu sembles raisonner en circuit fermé dans la seule dialectique salariés actifs- retraités .
Cette réforme du financement des retraites est nécessaire. Elle ne sera acceptée que si:
-elle est ménage des transitions progressives permettant de lisser la nécessaire ‘extinction de certains avantages plus ou mois exorbitants sans remettre brutalement en cause les contrats de travail en cours : fonctionnaires, EDF, SNCF parlementaires (au moins pour l’équité et l’éthique) très couteux pour le budget de l’Etat
-elle est efficace, c’est à dire qu’elle mobilise les moyens financiers nécessaires donc de nouvelles ressources :hauts revenus , taxation des plus values du capital,stock options, retraites chapeau ,niches fiscales et bouclier de la même eau
-si elle est équitable et solidaire :prise en compte de la pénibilité et de l’espérance de vie, de l’infériorité criante de la retraite des femmes etc
C’est un nouveau contrat social qu’il faut inventer et ton approche humaine, actuellement plutôt négligée, est une dimension important de la question.
Sarkozy, squeezé entre la dette publique et le financement des retraites, ligoté par la fiscalité obscène qu’il a aggravée et ses promesses clientélistes ne peut pas réussir .La gauche saura t elle saisir cette chance en prenant notamment en compte cette « approche humaine » ?
Bonjour Liger,
Le problème est que ta proposition ne vaut (côté entreprise) que pour un senior qui aurait quitté le monde du travail.
Je te propose de te plonger dans la convention collective de la métallurgie, et dans le chapitre prime d’ancienneté, tu comprendras pourquoi un senior qui a 30 ans de boîte ne peut pas être « rentable » pour une entreprise et ce bien qu’il ait des qualités… et je ne te parle pas de la gestion des arrêts maladie …
Bonjour amonhumbleavis,
Ce que tu soulèves là est bien traité dans ce rapport que je cite dans l’article :
http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/dossier02.pdf
Il y a de grandes disparités selon les métiers (possibilité ou non d’exprimer son expérience), et selon que l’on applique une grille salariale ou non.
L’avantage évident de passer à temps partiel, avec une partie croissante de compensation de salaire prise en charge par l’État et par l’entreprise, doit permettre de sortir de telle ou telle convention concernant les salaires. C’est vrai que la grille est un dispositif à fabriquer des chômeurs. Ceci dit, l’étude montre que c’est surtout le senior chômeur qui est victime de cet effet pervers, les seniors en poste en souffrent moins.
La question qui se pose toutefois est le montant du salaire pris en compte pour la retraite, c’est pourquoi le montant des cotisations devrait rester calé sur un plein temps. Et ça arrangerait les nombreuses femmes qui finissent leur carrière à mi-temps, avec une retraite de misère.
Mais concernant les arrêts maladie, le pari est que ce dispositif permettra d’améliorer la santé, et donc à la fois diminuer l’absentéisme et les sorties du marché de l’emploi pour raisons médicales.
Il existe des mi-temps thérapeutiques, mais d’une part ils ne sont pas mis en place avec la même facilité selon les métiers, et d’autre part c’est très mauvais pour les revenus du salarié comme ceux du retraité.
Et je rappelle que la formule que je propose est une option (comme toute formule devrait l’être…).
Re
J’étudierais ton rapport plus tard… mais oui ceux qui sont en poste restent, bien sûr leur licenciement couterait trop cher à l’entreprise… vraiment très cher. On préfère perdre un peu d’argent pendant 20 ans que beaucoup (trop) en une fois.
Ce qui crée un cercle vicieux et creuse l’écart entre ceux qui sont restés en poste et ceux qui ont connu le chômage et bloque au 2nd le retour à l’emploi.
Et là en tant qu’entrepreneur je me pose vraiment des questions, dois-je rompre les contrats après 10 ans de boîte pour ne pas avoir à gérer les pbs de productivité ? Je te dirais que fût un temps le système de pré-retraite largement utilisé dans la métallurgie avait permis aux grands-groupes de sortir de ce cercle vicieux… Pourtant il y a une place en entreprise pour les seniors, mais pas dans la même entreprise avec ces conventions, ce n’est tout simplement pas économiquement viable.
Pour moi ce sont ces cas particuliers qui sclérosent le système… SI on avait pas 2 seniors « non rentables » car dans la société depuis 25 ans, on en aurait sûrement 3 ou 4 et on ne se poserait pas tant de question sur l’avenir de ceux qui sont en poste depuis 10 ans.
L’entrepreneur doit aussi se poser la question de la gestion de carrière permettant au salarié de mieux capitaliser son expérience. Ce qu’on appelle le long terme.
Ce peut être la voie de la hiérarchie, celle de l’expertise, ou encore celle de la formation d’apprentis.
Et si vraiment il s’agit de quelqu’un au potentiel limité, il y a quand-même des solutions :
Par exemple, ça peut être l’acquisition progressive de parts de l’entreprise, ce qui fait que la prime à l’ancienneté repose seulement sur des dividendes d’actionnaires, et ne pèse pas sur la masse salariale.
S’il fallait être compétent pour être actionnaire, ça se saurait…
La formule senior + junior, tu en penses quoi ?
Oui pour les autres voies, mais elles reposent encore sur une croissance infinie…
L’évolution en poste non productif est le plus caractéristique des pbs… ce ne peut être réservé qu’à qqs happy few.
C’est la voie de la formation d’apprentis que nous avions choisie, 2 essais de binôme dans l’un c’est l’apprenti qui n’allait pas (le principe d’horaire de travail lui est étranger) dans les 2nd notre senior est tombé en arrêt maladie pour 4 mois: nous nous sommes retrouvés avec un apprenti sans formateur … soit une perte de temps pour lui. Mais c’est bien le système qui me séduit le plus… Mais un apprenti est quand même en situation précaire (même si nous les avons payés plus que nécessaire) et j’ai peur qu’on crée en généralisant encore plus de précarité…
Pour moi la solution viendrait plus d’un roulement entre les salariés et les chômeurs, bref des contrats de 5 à 7 ans avec retour sur le marché par la suite, ce qui remettrait tout le monde sur un pied d’égalité et permettrait aux entreprises d’embaucher des seniors pour leur valeur pro sans craindre les coûts de licenciements des seniors déjà en place ou les primes d’ancienneté qui faussent les rémunérations…
Et côté salariés, cela permet via le changement de garder une mobilité et une motivation qui sont salutaires même pour la santé…
» il s’agit de mettre en place une solidarité issue du 3ème âge en bonne santé, chez les actifs comme chez les retraités les plus aisés. Les disparités importantes des revenus des retraités (par sexe, par régions, par rapport pension/cotisations, par carrière, par patrimoine, par complément de capitalisation) devraient nous y inciter. »
Oui oui et re-oui
c’est que depuis 2007, nous avons pris des cheveux blancs. Comptons-les !
Bain de jouvence en 2012, on y croit !
Merci d’avoir mis en évidence et chiffres à l’appui ce qui n’était pour moi qu’un intuition.
J’ai quitté mon métier à 62 ans, un métier plutôt moins pénible que d’autres. Eh bien je considère, avec le recul, que ce furent, pour mes élèves et pour moi, deux ans de trop.
Les apôtres de la retraite à 65, 66, 67, qui dit mieux, qui s’appuient sur le fonctionnement des pays nordiques oublient de dire que le travail des seniors y est mieux considéré.
Bain de jouvence en 2012 ? Dieu vous entende, mais j’ai cru comprendre qui lui aussi vieillissait : j’ai bien peur que maintenant ils oit sourdingue !
Oui, le problème est bien dans la manière d’aménager le travail de manière compatible avec l’age. Et je ne vois poser cette question nulle part.
Pourtant, elle soulève un besoin pour une réforme bien plus considérable, et en profondeur.
La nature a horreur des discontinuités, et pour l’age, nous n’échappons pas à la règle. Pourtant, on reste avec cette idée du 100% actif avant, et 0% actif après la retraite.