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	<title>Vote-notes : le blog de Liger</title>
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	<description>Réflexions, propositions, réactions citoyennes ouvertes au débat. Des graines d&#039;idées à arroser par des commentaires.</description>
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		<title>Un peuple trop intelligent</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Feb 2012 12:25:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
		<category><![CDATA[Boulangisme]]></category>
		<category><![CDATA[Etranger]]></category>
		<category><![CDATA[Intelligent]]></category>
		<category><![CDATA[Republique]]></category>

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		<description><![CDATA[L’accoutumance me fait défaut. Je ne m'y fais pas.
Tout comme les grands froids ou les vagues de gastro, le boulangisme (ici féminisé par Marine Le Pen) fait invariablement son apparition en période électorale et se maquille des vertus patriotiques de rigueur - celles des gradés de St-Cloud, pas celles des troupes, certes. [...]
Mais voilà que cette plaisanterie (à but lucratif) sert de booster idéologique à une droite qui décline son désespoir électoral par des chants d'autrefois. Le Maurice Chevalier de la mauvaise période.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L’accoutumance me fait défaut. Je ne m&#8217;y fais pas.</p>
<p>Tout comme les grands froids ou les vagues de gastro, le boulangisme (ici féminisé par Marine Le Pen) fait invariablement son apparition en période électorale et se maquille des vertus patriotiques de rigueur &#8211; celles des gradés de St-Cloud, pas celles des troupes, certes.<br />
Même décor, même scénario: Le &laquo;&nbsp;scandale&nbsp;&raquo; des 500 signatures manquantes, et les hurlements à l&#8217;anti-démocratie parce que des élus ne sont pas obligés par la loi à penser différemment de ce pourquoi ils ont été élus, en pleine transparence. Puis au final la victoire des signatures, aussi inattendue que la pub en fin de météo, dans le but de faire croire à l&#8217;électeur que l&#8217;on s&#8217;est bien battu, vu qu&#8217;au deuxième tour&#8230; Soit.</p>
<p>Mais voilà que cette plaisanterie (à but lucratif) sert de booster idéologique à une droite qui décline son désespoir électoral par des chants d&#8217;autrefois. Le Maurice Chevalier de la mauvaise période.<br />
Et après des années de communication pour le moins équivoque, on finit par se laisser argumenter par ce gouvernement que la République serait une valeur élastique, que la France serait à l&#8217;image d&#8217;un échantillon datant de Charles VII (la pucelle, tout ça), et que si l&#8217;on est dans la mouise c&#8217;est parce que l&#8217;on ne boute pas assez l&#8217;étranger hors de nos frontières.<br />
Notons qu&#8217;ici, on a évolué: Après les ritals et les polaks d&#8217;autrefois, après les youpins de Pétain, après les bougnoules des &laquo;&nbsp;évènements&nbsp;&raquo;, on a enfin trouvé au bouc émissaire un nom correct. Ce nouveau nom, c&#8217;est &laquo;&nbsp;nombreux&nbsp;&raquo;.<br />
Car au fond, on ne reproche rien à l&#8217;étranger, et ce d&#8217;autant moins que c&#8217;est interdit par la loi. Seulement, quand il y en a plusieurs&#8230;  On a juste simplifié le concept.<br />
Petit, on met tes parents dehors parce que tu es nombreux. Et là, ça passe.<br />
Et on oublie à quel point les ritals, les polaks, les youpins et les bougnoules étaient eux aussi &laquo;&nbsp;nombreux&nbsp;&raquo;. Mais le rapprochement étant moins évident, on peut tranquillement violer la République dans l&#8217;ombre.</p>
<p>Et vous, êtes-vous nombreux ? Voyez, ça ne fait pas peur, l&#8217;essentiel est comme toujours de faire oublier l&#8217;individu.</p>
<p>Malgré les airs feutrés de ces déclarations ou de ces projets qui sentent (pardon qui puent) la peur, il y a une tendance qui est malheureusement irréversible.<br />
La peur appelle la peur. La force appelle la force. Une population fliquée, pourchassée, ne peut plus aider la justice ni la police, et la lutte aveugle contre l&#8217;insécurité crée de l&#8217;insécurité.<br />
La chasse au clandestins, en privant ceux-ci du droit de témoigner sans risque, multiplie les situations de crimes ou de délits non résolus. Où ça ? Là où sont les clandestins, chez les pauvres, pardi.<br />
Plus le pouvoir se durcira, plus les violences augmenteront, et plus l&#8217;électeur se tournera vers un pouvoir autoritaire. C&#8217;est un cercle vicieux que notre pays a connu. Y a-t-il eu moins de crimes de droit commun sous la terreur de l&#8217;occupation ? Bien sûr que non. Et pourtant, côté flicage&#8230;</p>
<p>Rien ne nous met à l&#8217;abri d&#8217;un pouvoir totalitaire, ni le web, ni le portable, ni rien qui ne nous mette en réel danger. Voyez la Hongrie.<br />
Il ne faut pas mettre le doigt dans cet engrenage, ne pas surestimer notre époque, admettre un fois pour toutes que nous ne sommes pas plus malins que nos aïeux.<br />
Cessons d&#8217;être trop intelligents.<br />
Essayons de l&#8217;être juste un peu.</p>
<p><em>Article publié sur <a href="http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/un-peuple-trop-intelligent-109682">AgoraVox</a> le 7 février 2012</em></p>
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		<title>Fukushima ou le drame du Titanuke</title>
		<link>http://liger.amsud.net/2011/04/04/fukushima-ou-le-drame-du-titanuke/</link>
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		<pubDate>Mon, 04 Apr 2011 18:35:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Environnement]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[analyse de risques]]></category>
		<category><![CDATA[assurance qualite]]></category>
		<category><![CDATA[danger]]></category>
		<category><![CDATA[Fukushima]]></category>
		<category><![CDATA[Nucléaire]]></category>
		<category><![CDATA[Titanic]]></category>

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		<description><![CDATA[Le parallèle est tentant, presque évident.
Le Titanic, plus grand paquebot jamais construit à son époque, avait la réputation d'être insubmersible. Au point que les moyens de sauvetage comme l'organisation en cas d'urgence ont été baclés. Et jamais on aurait imaginé de tels icebergs en cette région de l'Atlantique, en plein mois d'avril.
Arrogance technologique et déni de phénomènes naturels se retrouvent dans le drame de Fukushima. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le parallèle est tentant, presque évident.</p>
<p>Le Titanic, plus grand paquebot jamais construit à son époque, avait la réputation d&#8217;être insubmersible. Au point que les moyens de sauvetage comme l&#8217;organisation en cas d&#8217;urgence ont été baclés. Et jamais on aurait imaginé de tels icebergs en cette région de l&#8217;Atlantique, en plein mois d&#8217;avril.</p>
<p>Arrogance technologique et déni de phénomènes naturels se retrouvent dans le drame de Fukushima. Un siècle s&#8217;est écoulé pourtant entre ces deux évènements. Et l&#8217;on ne saurait trouver chez un <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Andrews">Thomas Andrews</a> le seul responsable de cette catastrophe, tant le domaine du nucléaire concerne de monde, implique de responsabilités multiples.</p>
<p>Le nucléaire justement, a essuyé les plâtres de ce qu&#8217;on appelle l&#8217;Assurance Qualité. C&#8217;est d&#8217;abord dans ce domaine qu&#8217;on a petit à petit contraint les artisans, souvent des Compagnons, en France, à travailler avec du papier, des traces écrites, des procédures, des procédures de procédures&#8230;</p>
<p>Et la chasse au défaut, à la panne, à la défaillance a fait dans ce domaine l&#8217;objet des plus grandes attentions. Le principe est assez simple: D&#8217;une part, répondre systématiquement à un problème constaté par une mesure visant à éviter le problème une nouvelle fois, et d&#8217;autre part mettre en face de chaque scénario plus ou moins catastrophique des garanties que le scénario ne se produira pas, en proportion adaptée.</p>
<p>On appelle ça l&#8217;analyse de risques, et c&#8217;est le pilier de la sureté en général et de la sureté nucléaire en particulier. C&#8217;est essentiel de bien comprendre ça car c&#8217;est notre seule assurance d&#8217;être protégé d&#8217;une catastrophe planétaire.</p>
<p>En simplifiant: Face à un scénario &laquo;&nbsp;gênant&nbsp;&raquo;, on met en place une petite parade, une &laquo;&nbsp;sécurité&nbsp;&raquo; pour éviter que ça se produise; face à un scénario grave, on mettra en place une ou plusieurs sécurités sérieuses; et face à un scénario catastrophe, on mettra en place suffisamment de garanties pour que ce scénario soit de probabilité&#8230; &laquo;&nbsp;presque nulle&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Pour avoir longtemps pratiqué ce genre d&#8217;exercice, je sais que la véritable sécurité ne se réduit pas à respecter à la lettre les normes et les procédures en vigueur. Elle est fortement dépendante de qui s&#8217;en occupe, bref le facteur humain a malgré tout une place centrale. D&#8217;autant plus que l&#8217;Analyse de Risques a souvent pour vocation prioritaire (plus ou moins avouée) de constituer une protection juridique en cas de pépin&#8230;</p>
<p>Il s&#8217;agit dans cet exercice d&#8217;être compétent, imaginatif et intellectuellement honnête.</p>
<p>Compétent pour connaître un domaine au delà de ce que le règlement impose, c&#8217;est à dire savoir anticiper et avoir une parfaite conscience des limites du savoir, justement, ce qui suppose un sacré niveau d&#8217;expertise.</p>
<p>Imaginatif pour prévoir tous les scénarios possibles, ce qui suppose faire intervenir des &laquo;&nbsp;esprits&nbsp;&raquo; très différents, des profils diversifiés selon les métiers, les niveaux de formation et de responsabilité. Les candides sont alors les bienvenus pour leur capacité de recul et à exercer un regard vierge de tout formatage.</p>
<p>Quant à l&#8217;honnêteté intellectuelle, elle est bien sûr très subjective. Mais disons qu&#8217;elle nécessite pas mal de ténacité et d&#8217;humilité, ce dont on ne fait pas toujours la démonstration dans le cadre concurrentiel d&#8217;une carrière professionnelle&#8230;</p>
<p>Et c&#8217;est justement sur chacun de ses trois points que le nucléaire a de larges, de très larges failles. Des failles liées spécifiquement à la nature &laquo;&nbsp;sensible&nbsp;&raquo; de ce domaine :</p>
<p><strong>Que peut-on savoir d&#8217;un scénario qu&#8217;il nous est interdit de tester ?</strong></p>
<p>Il s&#8217;agit bien là d&#8217;un problème de compétences. Au delà d&#8217;un certain seuil calamiteux, il n&#8217;est pas possible de produire volontairement un accident nucléaire. Tout repose alors sur des calculs, des conjectures, ce qui en soit ne pose de problème que si l&#8217;on ne croit pas en la Science. J&#8217;y crois disons un peu, suffisamment pour ne pas voir ici la principale faiblesse du système. Mais cette limitation du champ expérimental nous oblige à voir les choses de manière binaire. Ça marche, ou ça ne marche pas. C&#8217;est un univers décidément très&#8230; quantique. L&#8217;analyse d&#8217;une défaillance avérée nous en apprend beaucoup plus sur un phénomène que la simple constatation que le bidule marche. Ça apporte un peu d&#8217;analogique, d&#8217;intuition et aide à mieux appréhender nos prévisions. Les gros avions de lignes, eux-mêmes le fruit de compétences importantes, font quand-même l&#8217;objet de quelques crash-tests. Desquels ne dépendent pourtant &laquo;&nbsp;que&nbsp;&raquo; quelques centaines de vies.</p>
<p>Privé des infinies possibilités de l&#8217;expérience, le monde du nucléaire n&#8217;a pas conscience des véritables bornes au delà desquelles tout l&#8217;édifice intellectuel s&#8217;écroule. Et l&#8217;on se retrouve à refroidir avec de l&#8217;eau de mer une enceinte dont la principale vocation est d&#8217;être&#8230; isolante. Et à prier pour que l&#8217;enceinte reste close pour éviter une catastrophe, tout en priant pour qu&#8217;elle ne reste pas close pour éviter une catastrophe équivalente. On n&#8217;a jamais que les canots de sauvetage que l&#8217;on jugeait nécessaires en quittant le port.</p>
<p><strong>Comment être imaginatif à huis-clos ?</strong></p>
<p>J&#8217;insiste sur ce point pour l&#8217;avoir constaté, prévoir avec exhaustivité les scénarios de panne nécessite un brainstorming dont le succès dépend de la diversité du groupe, au point que le novice apporte souvent la pièce manquante.</p>
<p>Or il n&#8217;est pas de domaine plus consanguin, plus fermé que le domaine du nucléaire, pour des raisons de sécurité justement. Et on aura beau réunir dix Nobel de physique autour d&#8217;une table, un problème de maçonnerie attendra un maçon pour être résolu.</p>
<p>Pendant mes études (fin 80), je me souviens d&#8217;une visite dans une centrale nucléaire (le sujet était l&#8217;Assurance Qualité&#8230;) au cours de laquelle on pouvait voir nos hôtes réagir avec un réflexe pavlovien de ricanement, à chaque fois que l&#8217;on tentait une critique de l&#8217;énergie nucléaire. Comment peut-on raisonnablement penser qu&#8217;une analyse de risque puisse être menée dans de bonnes conditions lorsque dans un groupe, l&#8217;atome est passé de la réflexion scientifique à la foi du charbonnier ? Le slogan des années 70 &laquo;&nbsp;Énergie nucléaire, énergie totalitaire&nbsp;&raquo; semble avoir quelques fondements&#8230;</p>
<p><strong>Comment évaluer l&#8217;inimaginable ?</strong></p>
<p>Évaluer un risque suppose qu&#8217;on puisse le concevoir, en appréhender la dimension. On imagine sans peine le déraillement d&#8217;un train, plus difficilement une guerre civile, encore plus difficilement un conflit de plusieurs décennies. On compte les morts, les invalides, les milliards perdus. Mais comment faire preuve d&#8217;honnêteté intellectuelle si l&#8217;on parle d&#8217;un drame s&#8217;étendant sur plusieurs siècles ?</p>
<p>A quel moment peut-on dire: &laquo;&nbsp;J&#8217;ai pesé ce scénario, il affecterait une centaine de générations, mais il suffit de prendre cette liste de précautions pour avoir l&#8217;esprit libre et bien dormir la nuit&nbsp;&raquo;. Là, rationaliste ou pas, j&#8217;ai comme un doute, un gros doute. Il semble bien que face à certains scénarios, certaines hypothèses, on soit sorti depuis bien longtemps des limites entre lesquelles le raisonnement de départ est encore valable.</p>
<p>Et il ne s&#8217;agit plus de rajouter quelque garantie que ce soit, comme nous allons le voir effectuer dans le parc nucléaire de la planète pour rassurer les populations (et enrichir encore plus les fournisseurs du nucléaire&#8230;). Il s&#8217;agit de mettre en cause tout l&#8217;édifice.</p>
<p>Car contrairement à ce qui se passe lorsqu&#8217;il y a un accident, et que l&#8217;on apporte une mesure complémentaire pour en éviter un nouvelle occurrence, les trois points que j&#8217;ai cité n&#8217;ont aucune chance d&#8217;évoluer dans le domaine du nucléaire:</p>
<ul>
<li>notre connaissance sera toujours limitée par les dangers de l&#8217;expérimentation,</li>
<li>le nucléaire sera toujours un domaine sensible et donc clos, sans regard neuf,</li>
<li>on ne saura appréhender certains scénarios que lorsqu&#8217;il sera trop tard.</li>
</ul>
<p>Et on est en droit de demander aux &laquo;&nbsp;milieux autorisés&nbsp;&raquo; de bien vouloir cesser de jouer aux&#8230; Maîtres du Monde.</p>
<p><em>Article publié sur <a href="http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/fukushima-ou-le-drame-du-titanuke-91804">AgoraVox</a> le 6 avril 2011</em></p>
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		<title>Les possibilités du Nil</title>
		<link>http://liger.amsud.net/2011/02/20/les-possibilites-du-nil/</link>
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		<pubDate>Sun, 20 Feb 2011 13:03:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[Claude Lefort]]></category>
		<category><![CDATA[Démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[Egypte]]></category>
		<category><![CDATA[Emancipation]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>

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		<description><![CDATA[Un vent d'émancipation souffle sur les parasols. La belle actualité, pour une fois. Énorme.
Et pourtant, il est difficile de ne pas entendre la chorale des pisse-froid, des sceptiques à plein temps, de l'expression pavlovienne de ce que ce vent a balayé, justement: La peur paralysante de l'inconnu.
Or il est question de démocratie, et c'est justement dans la perception de cette idée que les chemins se séparent entre ceux qui osent et les partisans du "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras".]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un vent d&#8217;émancipation souffle sur les parasols. La belle actualité, pour une fois. Énorme.<br />
Et pourtant, il est difficile de ne pas entendre la chorale des pisse-froid, des sceptiques à plein temps, de l&#8217;expression pavlovienne de ce que ce vent a balayé, justement: La peur paralysante de l&#8217;inconnu.<br />
Or il est question de démocratie, et c&#8217;est justement dans la perception de cette idée que les chemins se séparent entre ceux qui osent et les partisans du &laquo;&nbsp;un tiens vaut mieux que deux tu l&#8217;auras&nbsp;&raquo;.<br />
L&#8217;occasion est pour moi trop belle pour ne pas évoquer des réflexions de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Lefort">Claude Lefort</a>, philosophe que j&#8217;ai découvert il y a peu, et dont la faible notoriété est à l&#8217;image de son humilité et surtout de sa capacité à être à contre courant, se privant ainsi en permanence des transports en commun idéologiques. Et oui, le bon, c&#8217;était Lefort, pas Sartre. Dommage&#8230;<br />
Claude Lefort voyait dans la démocratie d&#8217;abord une aventure, dont l&#8217;incertitude du destin était la rançon du droit à la détermination populaire, justement. En cherchant dans la pensée de gauche (un peu désespérément) ce qui restait de la dynamique initiale, c&#8217;est à dire l&#8217;émancipation et la libération des initiatives, découvrir Lefort m&#8217;a fait du bien. Rare.</p>
<blockquote><p>&laquo;&nbsp;La démocratie s&#8217;institue et se maintient dans la dissolution des repères de la certitude. Elle inaugure une histoire dans laquelle les hommes font l&#8217;expérience d&#8217;une indétermination dernière quant aux fondements du Pouvoir, de la Loi et du Savoir dans tous les registres de la vie sociale. La libération de la parole propre à l&#8217;expérience démocratique va de pair avec un pouvoir d&#8217;investigation sur ce qui était autrefois exclu comme indigne d&#8217;être pensé ou perçu, ouvrant ainsi de nouvelles ressources pour la littérature, mais aussi pour l&#8217;histoire, l&#8217;anthropologie, la psychanalyse…&nbsp;&raquo;<br />
<a href="http://www.philomag.com/article,entretien,claude-lefort-la-democratie-est-le-seul-regime-qui-assume-la-division,916.php">Entretien paru dans Philosophie Mag n°29</a></p></blockquote>
<p>Ainsi, ce qui mine notre démocratie occidentale, notamment par une réduction du concept de démocratie au respect quasi orthodoxe des &laquo;&nbsp;textes sacrés&nbsp;&raquo; nationaux ou communautaires, s&#8217;exprime avec clarté dans le scepticisme ambiant au sujet du devenir de la Tunisie, de l&#8217;Égypte, ou de tout ce qui prête le flan à la peur d&#8217;un islamisme dominant &#8211; les mêmes ont-ils craint la corruption et les dégâts humains que l&#8217;économie libérale introduite &laquo;&nbsp;à sec&nbsp;&raquo; en Russie a pu provoquer ?<br />
Face aux évènements en Tunisie et en Égypte, on a oublié l&#8217;essentiel de l&#8217;apport de ce mouvement: L&#8217;émancipation des esprits, le retour du possible, et bien sûr sa faculté à se propager jusqu&#8217;à des pays qui nous semblaient figés jusqu&#8217;à&#8230; jusqu&#8217;à quand au fait ?<br />
L&#8217;aveuglement devant un tel évènement, l&#8217;ignorance de son importance symbolique, donne finalement un aspect assez effrayant à notre musée de la démocratie qui nous sert d&#8217;alibi démocratique.<br />
Le dernier scandale en date, c&#8217;est à dire ce sursaut démocratique que fût le débat sur la Constitution Européenne suivi d&#8217;un déni de scrutin, en illustre toute l&#8217;étendue. La qualité du débat entre chaque individu sur ce sujet, rafraichi par l&#8217;absence du clivage politique traditionnel, avait pourtant réveillé notre capacité démocratique à &laquo;&nbsp;assumer les divisions&nbsp;&raquo;, comme disait Lefort. Quel gâchis.</p>
<p>Aussi, plutôt que de se demander si l&#8217;Afrique va enfin &laquo;&nbsp;rentrer dans l&#8217;Histoire&nbsp;&raquo;, en tenant pour seul certificat le fait de s&#8217;adonner aux mêmes rites constitutionnels que nous le faisons, nous ferions mieux de nous demander si de l&#8217;histoire de la démocratie nous ne sommes pas prématurément sortis.</p>
<p><em>PS: petit plaisir (rarissime) découvert sur le net: Un des seuls (longs) témoignages en image de Claude Lefort: Pas de leçon de philosophie, pas de ton péremptoire ni de brillante démonstration comme ont pu nous asséner nos piliers de plateaux télé. Il hésite, il doute, il fait son boulot de philosophe: Il réfléchit. <a href="http://www.laviedesidees.fr/Totalitarisme-et-democratie.html">Totalitarisme et démocratie &#8211; conférence prononcée à Citéphilo en novembre 2007</a>.<br />
</em></p>
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		<title>Les chameaux qui pleurent</title>
		<link>http://liger.amsud.net/2011/01/28/les-chameaux-qui-pleurent/</link>
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		<pubDate>Thu, 27 Jan 2011 23:00:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Média]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[Byambasuren Davaa]]></category>
		<category><![CDATA[Chameau]]></category>
		<category><![CDATA[Mongolie]]></category>

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		<description><![CDATA[[...] Suspendre le violon près de l'oreille de la mère, puis attendre que le vent fasse résonner l'instrument et le faire ainsi entrer dans l'univers sonore de l'animal. Enfin, jouer de l'instrument...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Avez-vous vu &laquo;&nbsp;<a href="http://www.arpselection.com/info_film.asp?t01id=94">L&#8217;histoire du Chameau qui pleure</a>&nbsp;&raquo; ?</p>
<p>C&#8217;est le film de fin d&#8217;études (2003) de la mongole Byambasuren Davaa et de l&#8217;italien Luigi Falorni et il a été <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Histoire_du_chameau_qui_pleure">copieusement primé</a> &#8211; <em>Byambasuren Davaa, qui a démarré ses études de cinéma en Mongolie puis a poursuivi sa formation à l&#8217;école de cinéma de Munich (section documentaire), a retranscrit un rite découvert pendant son enfance</em>.</p>
<p>L&#8217;histoire se passe dans le désert de Gobi, et offre par son rythme lent un refuge contre l&#8217;agitation quotidienne. Une chamelle qui a mis bas dans des conditions traumatisantes refuse tout contact avec son petit, et donc son allaitement. La solution sera d&#8217;aller quérir l&#8217;aide d&#8217;un violoniste qui apaisera la mère jusqu&#8217;à lui rendre acceptable la présence du petit.<br />
Le rite ?<br />
Suspendre le violon près de l&#8217;oreille de la mère, puis attendre que le vent fasse résonner l&#8217;instrument et le faire ainsi entrer dans l&#8217;univers sonore de l&#8217;animal. Enfin, jouer de l&#8217;instrument en rapprochant peu à peu le petit.</p>
<p>Le jeu de l&#8217;instrument, du vent et du musicien est très poétique. Très allégorique aussi&#8230;</p>
<p><iframe title="YouTube video player" class="youtube-player" type="text/html" width="480" height="390" src="http://www.youtube.com/embed/xApgWWVKOCQ?rel=0" frameborder="0" allowFullScreen></iframe></p>
<p>Quels chameaux sommes-nous ?</p>
<p>A quel instrument nous accoutumons-nous ? Aux mass-média, à l&#8217;internet, au mobile, à la réalité ?</p>
<p>Quel vent nous y aide ? Les faits-divers, la rumeur, la réalité ?</p>
<p>Ceux qui jouent à nous faire pleurer ont-t-ils la sagesse d&#8217;un musicien mongol ?</p>
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		<title>Eloge de la lâcheté</title>
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		<pubDate>Sun, 16 Jan 2011 15:45:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[Brassens]]></category>
		<category><![CDATA[héroïsme]]></category>
		<category><![CDATA[Idoles]]></category>
		<category><![CDATA[Lâcheté]]></category>
		<category><![CDATA[Pardon]]></category>

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		<description><![CDATA[[...] La lâcheté ne fait jamais partie des valeurs de qui que ce soit. On vénère tout ce qui la contrarie, le héros est volontiers vaillant ou  courageux, audacieux et intrépide. Et quand il ne l'est pas, il finit par l'être, c'est la loi du genre. On dit qu'il est <a href="http://www.cnrtl.fr/definition/valeureux/adjectif">valeureux</a>, CQFD.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les valeurs</strong>: Parmi les mots que le bruitage médiatique nous adresse très régulièrement, celui-ci semble résister plus que les autres à l&#8217;assèchement. Il est pourtant au cœur de tous les conflits, ou du moins est sensé y trôner, tant on l&#8217;y exhibe. Peut-être parce qu&#8217;on l&#8217;utilise rarement seul et qu&#8217;il serait moins exposé, ou parce qu&#8217;il est encore porteur d&#8217;imaginaire.</p>
<p>La lâcheté ne fait jamais partie des valeurs de qui que ce soit. On vénère tout ce qui la contrarie, le héros est volontiers vaillant ou  courageux, audacieux et intrépide. Et quand il ne l&#8217;est pas, il finit par l&#8217;être, c&#8217;est la loi du genre. On dit qu&#8217;il est <a href="http://www.cnrtl.fr/definition/valeureux/adjectif">valeureux</a>, CQFD.</p>
<p>Quelles sont nos valeurs ? Lorsque l&#8217;on pose cette question sur le terrain glissant de ce qui définit une civilisation, comme à l&#8217;occasion si suspecte du débat sur l&#8217;identité nationale, certains évoquent les valeurs chrétiennes. Et à la base même de ce qu&#8217;on appellera pudiquement &laquo;&nbsp;le concept&nbsp;&raquo; de ces valeurs figure le pardon. L&#8217;autre joue tendue, la miséricorde, l&#8217;absolution, la rémission, etc. Un sacré concept, si j&#8217;ose dire, puisqu&#8217;il rompait avec la loi du talion et ses vieilles habitudes de buffet froid.</p>
<p>Et si l&#8217;on n&#8217;en est pas la victime, on peut s&#8217;amuser de voir sur la scène politique les mêmes apôtres autoproclamés de ces valeurs chrétiennes être les apologistes de l&#8217;acharnement contre les récidivistes, de la peine minimale ou de la double peine. Sur le prospectus, la photo est rarement contractuelle&#8230;</p>
<p>Mais ce n&#8217;est pas le sujet. Ce qui me titille les neurones est ce jeu d&#8217;injonctions paradoxales qui prône à la fois le pardon et l&#8217;héroïsme.</p>
<p>Si j&#8217;admets volontiers que le pardon est éminemment humaniste et progressiste, et que finalement on lui doit beaucoup, il reste que cette fâcheuse tendance à sacraliser les héros n&#8217;est pas sans inconvénients.</p>
<p>Elle est d&#8217;abord suspecte: Le mythe est le meilleur allié du chef; toutes les grandes entreprises ont dans leurs outils de communication interne une odyssée à raconter sur leur patron, même si celui-ci n&#8217;aura jamais bravé que les notaires d&#8217;une succession, ou s&#8217;il a le charisme d&#8217;un thuya.</p>
<p>Ensuite, elle est paralysante: Le seul univers dans lequel le héros arrive à tirer son adorateur vers le haut, c&#8217;est l&#8217;imaginaire d&#8217;un enfant. Et c&#8217;est merveilleux, mais c&#8217;est&#8230; imaginaire. Avec le temps, l&#8217;espace qui sépare l&#8217;admirateur du possible ne fait qu&#8217;augmenter. Le meilleur article que j&#8217;ai lu sur Rue89 et que je garde au chaud depuis bientôt 19 mois se trouve sur <a href="http://www.rue89.com/2009/06/18/les-africains-furieusement-idolatres-un-site-burkinabe-lance-le-debat">ce lien</a>. <em>&laquo;&nbsp;le premier acte d&#8217;émancipation d&#8217;un peuple consiste à détruire les idoles&nbsp;&raquo;</em> y conclut Barry Saidou Alceny.</p>
<p>Le non héros ne sait pas qu&#8217;il est héros, et il ne le deviendra pas, d&#8217;autant plus que l&#8217;idée qu&#8217;il s&#8217;en est fait est inaccessible. La moindre de ses faiblesse, le moindre de ses renoncements burine encore et encore le mot &laquo;&nbsp;ordinaire&nbsp;&raquo; inscrit sur son front. Et c&#8217;est sur les comportements irrationnels comme la peur, que l&#8217;effet est le plus définitif.</p>
<p>La lâcheté présumée des uns est programmée par l&#8217;héroïsme tout aussi présumé des autres. Et pourtant, sans les premiers, l&#8217;héroïsme n&#8217;est qu&#8217;un évènement ordinaire, fortuit par son opportunisme et vain par sa rareté, justement. En somme, l&#8217;héroïsme est avant tout  l&#8217;œuvre des lâches, ou plus exactement du renoncement à considérer le courage comme une évidence universelle.</p>
<p>Or il est très difficile de faire l&#8217;éloge de la lâcheté, tout comme la critique de l&#8217;héroïsme. C&#8217;est pourtant nécessaire, et ça ne manque pas de panache. La pacifisme, voué encore aujourd&#8217;hui aux gémonies par la pensée maurassienne rampante d&#8217;un Zemour ou &laquo;&nbsp;assimilé&nbsp;&raquo;, a nécessité des combats humiliants, sanglants et isolés. La reconnaissance d&#8217;un Gandhi n&#8217;est possible qu&#8217;à l&#8217;issue heureuse de sa stratégie. Et encore ne faut-il pas oublier que c&#8217;est d&#8217;abord chez ses disciples qu&#8217;on a perdu des plumes. Il y a dans la gloire de ce personnage toute notre contradiction face à la reconnaissance des faibles. Si les contradicteurs de l&#8217;héroïsme deviennent à leur tour des héros, on n&#8217;est pas sorti de l&#8217;auberge.</p>
<p>Reste l&#8217;humour, la raillerie, la mauvaise foi assumée. On le lira chez Reiser ou d&#8217;autres. Et bien sûr dans le texte de Brassens qui suit :</p>
<blockquote><p><strong>L&#8217;antéchrist</strong></p>
<p>Je ne suis pas du tout l&#8217;Antéchrist de service,<br />
J&#8217;ai même pour Jésus et pour son sacrifice<br />
Un brin d&#8217;admiration, soit dit sans ironie.<br />
Car ce n&#8217;est sûrement pas une sinécure,<br />
Non, que de se laisser cracher à la figure<br />
Par la canaille et la racaille réunies.</p>
<p>Bien sûr, il est normal que la foule révère<br />
Ce héros qui jadis partit pour aller faire<br />
L&#8217;alpiniste avant l&#8217;heure en haut du Golgotha,<br />
En portant sur l&#8217;épaule une croix accablante,<br />
En méprisant l&#8217;insulte et le remonte-pente,<br />
Et sans aucun bravo qui le réconfortât !</p>
<p>Bien sûr, autour du front, la couronne d&#8217;épines,<br />
L&#8217;éponge trempée dans Dieu sait quelle bibine,<br />
Et les clous enfoncés dans les pieds et les mains,<br />
C&#8217;est très inconfortable et ça vous tarabuste,<br />
Même si l&#8217;on est brave et si l&#8217;on est robuste,<br />
Et si le paradis est au bout du chemin.</p>
<p>Bien sûr, mais il devait défendre son prestige,<br />
Car il était le fils du ciel, l&#8217;enfant prodige,<br />
Il était le Messie et ne l&#8217;ignorait pas.<br />
Entre son père et lui, c&#8217;était l&#8217;accord tacite :<br />
Tu montes sur la croix et je te ressuscite !<br />
On meurt de confiance avec un tel papa.</p>
<p>Il a donné sa vie sans doute mais son zèle<br />
Avait une portée quasi universelle<br />
Qui rendait le supplice un peu moins douloureux.<br />
Il savait que, dans chaque église, il serait tête<br />
D&#8217;affiche et qu&#8217;il aurait son portrait en vedette,<br />
Entouré des élus, des saints, des bienheureux.</p>
<p>En se sacrifiant, il sauvait tous les hommes.<br />
Du moins le croyait-il ! Au point où nous en sommes,<br />
On peut considérer qu&#8217;il s&#8217;est fichu dedans.<br />
Le jeu, si j&#8217;ose dire, en valait la chandelle.<br />
Bon nombre de chrétiens et même d&#8217;infidèles,<br />
Pour un but aussi noble, en feraient tout autant.</p>
<p>Cela dit je ne suis pas l&#8217;Antéchrist de service.</p></blockquote>
<p>Les possibles parades à ce jeu d&#8217;injonctions paradoxales se résument probablement à la bouffonnerie de haute volée.</p>
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		<title>La démocratie des malhonnêtes</title>
		<link>http://liger.amsud.net/2010/06/20/la-democratie-des-malhonnetes/</link>
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		<pubDate>Sun, 20 Jun 2010 11:11:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Média]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[Affaires]]></category>
		<category><![CDATA[Bettencourt]]></category>
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		<category><![CDATA[Illégalité]]></category>
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		<description><![CDATA[Fraudes fiscales, affaires politico-financières, fraude électorale, complicité des média avec le pouvoir... Beaucoup de ces affaires ont un point commun : Leur révélation a nécessité de petits arrangements avec la loi, voire une franche violation de celle-ci.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Fraudes fiscales, affaires politico-financières, fraude électorale, complicité des média avec le pouvoir&#8230; Beaucoup de ces affaires ont un point commun : Leur révélation a nécessité de petits arrangements avec la loi, voire une franche violation de celle-ci.</p>
<h3>C&#8217;est tout frais : l&#8217;affaire Bettencourt</h3>
<p>Un vieux conflit familial au sein de la famille Bettencourt, entre la richissime mère Liliane et sa fille Françoise, a entrainé l&#8217;utilisation d&#8217;un enregistrement pirate de conversations privées. Vil procédé.<br />
Sauf que cet enregistrement évoque des opérations financières constituant clairement des fraudes fiscales, des relations suspectes avec le Ministre du Budget Éric Woerth, et sur un fond de bienveillance au sommet de l&#8217;État, à l&#8217;Élysée même. Le tout dans un contexte de forte communication du pouvoir sur sa lutte contre l&#8217;évasion fiscale.<br />
Il est amusant de constater que la dernière affaire concernant l&#8217;évasion fiscale s&#8217;appuyait sur un fichier, illégal lui aussi, transmis à Éric Woerth par un ancien employé de la banque britannique HSBC à Genève, et listant 3000 noms de fraudeurs présumés.</p>
<h3>Sarkozy off sur France 3</h3>
<p>Une vidéo assez édifiante, montrant sans fard les rapports entre le Chef de l&#8217;État et un journaliste de la chaine France 3, avait défrayé la chronique, et entrainé des suite judiciaires : Cette vidéo étant la propriété de la chaine, sa révélation comme sa diffusion peuvent être qualifiées de vol et de recel. La dimension du délit présumé est bien sûr insignifiante par rapport à la portée politique du buzz alors créé.</p>
<h3>Jusqu&#8217;où ?</h3>
<p>De ces deux affaires, comme d&#8217;autres, il ressort que dans un système qui ne permet pas à la Justice ou à la vérité de s&#8217;établir par les voies légales, il est indispensable d&#8217;avoir recours à des méthodes &laquo;&nbsp;limites&nbsp;&raquo;. Dans la perspective d&#8217;une dépénalisation des milieux d&#8217;affaires, comme de la suppression de l&#8217;indépendance de l&#8217;instruction judiciaire, ces méthodes seront même la condition sine qua non pour obtenir un peu de transparence.</p>
<p>Mais ce recours a ses limites.</p>
<p>D&#8217;abord, ces méthodes ont l&#8217;inconvénient d&#8217;alimenter en arguments les populistes de tous poils. Car le fait que telle ou telle affaire soit sortie par voies illégales en illustre l&#8217;aspect fortuit, qui laisse présager d&#8217;une part qu&#8217;on ne voit que la face émergée de l&#8217;iceberg, et d&#8217;autre part que ce type d&#8217;affaire perdurera.</p>
<p>Ensuite, se pose la question de la limite à ce qu&#8217;on considère comme une dérogation légitime à la loi. Et quel que soit le point de vue, il s&#8217;exprime hors d&#8217;un État de Droit, avec tout l&#8217;arbitraire que cela suppose.</p>
<p>Enfin, le résultat obtenu n&#8217;est pas forcément celui escompté. Ainsi dans l&#8217;affaire Clear-Stream, le fameux listing trafiqué a au final davantage innocenté des coupables que confondu des innocents. On retiendra la complexité de l&#8217;affaire, sa sensibilité extrême, qui ont évidemment participé au &laquo;&nbsp;noyage de poisson&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Aussi, les affaires que l&#8217;on risque de voir révélées à court terme feront probablement tomber quelques personnalités privées, grilleront quelques ministres ou candidats, ou feront baisser la cote d&#8217;amour de telle ou telle entreprise.<br />
Mais elles ne traiteront pas ou si peu des grosses affaires, qui elles bénéficieront du sentiment fallacieux de transparence inspiré par la curée de quelques uns.</p>
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		<title>Pensée unique : un combat si&#8230; singulier</title>
		<link>http://liger.amsud.net/2010/06/12/pensee-unique-un-combat-si-singulier/</link>
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		<pubDate>Sat, 12 Jun 2010 16:54:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Média]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[Blogosphère]]></category>
		<category><![CDATA[Jérôme Gauthier]]></category>
		<category><![CDATA[Journalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Le Canard Enchaîné]]></category>
		<category><![CDATA[Pensée unique]]></category>
		<category><![CDATA[Rue89]]></category>
		<category><![CDATA[Web]]></category>

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		<description><![CDATA[L'affaire ne date pas d'aujourd'hui.
Le pluriel, s'il ne vaut rien à l'homme, a ses fervents critiques, dotés hélas d'un talent inégal. Mais le plus amusant, dans cette lutte pour l'indépendance d'esprit, est de voir à quel point ce thème a su générer le contraire de ce qu'il voulait défendre.
Une cible : la pensée unique. Une arme : la pensée unique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;affaire ne date pas d&#8217;aujourd&#8217;hui.</p>
<blockquote><p>Dieu! que de processions, de monômes, de groupes,<br />
Que de rassemblements, de cortèges divers,<br />
Que de ligues, que de cliques, que de meutes, que de troupes!<br />
Pour un tel inventaire il faudrait un Prévert.<br />
(G. Brassens &#8211; Le Pluriel)</p></blockquote>
<p>Le pluriel, s&#8217;il ne vaut rien à l&#8217;homme, a ses fervents critiques, dotés hélas d&#8217;un talent inégal. Mais le plus amusant, dans cette lutte pour l&#8217;indépendance d&#8217;esprit, est de voir à quel point ce thème a su générer le contraire de ce qu&#8217;il voulait défendre.<br />
Une cible : la pensée unique. Une arme : la pensée unique.</p>
<h3>Rebelle, job en CDI</h3>
<p>Ah bien sûr, on a nos grands révolutionnaires. Les années 70 en ont fabriqué à la pelle, les parcours qui ont suivi montrent les limites de notre faculté à accepter de rester seul. Quoique déjà, à l&#8217;époque, penser se conjuguait au pluriel, et on ne s&#8217;étonnera pas de l&#8217;autoroute qui a relié le maoïsme au courants les plus dominants du jour, le seul point commun étant d&#8217;y paraître &laquo;&nbsp;dans le coup&nbsp;&raquo;. Mais surtout d&#8217;y paraître.</p>
<p>Car si hurler avec les loups a l&#8217;inconvénient de diluer son propre égo dans la masse, ce désagrément s&#8217;estompe lorsqu&#8217;on tient soi-même le micro.</p>
<p>Peu importe alors le fond, la forme est, elle, toujours avantageuse. Le bain de jouvence médiatique, qui va de la séance de maquillage à l&#8217;acclamation d&#8217;un public de plateau TV, jeune, beau, et surtout docilement enthousiaste, en passant par les photos retouchées et les rencontres opportunes avec les vedettes du moment, crée une addiction sévère qui bien sûr ne s&#8217;arrange pas avec le temps.</p>
<p>Peu importe le fond, car il est toujours le même : être rebelle, avec une indignation aussi assidue qu&#8217;alimentaire.</p>
<p>Peu importe le fond, car c&#8217;est la masse qui décide. On en sera le représentant légitime, ou le courageux contradicteur. C&#8217;est kif-kif, être sur un plateau de la balance, devant caméras ou micros, procure la même ivresse. Parfois, on change de plateau, et recharge notre côte d&#8217;indépendance d&#8217;esprit, et ainsi de suite. C&#8217;est un métier.</p>
<p>Ne pas toucher à la balance, même si elle n&#8217;aura jamais que deux plateaux, même si elle ne saurait peser ce qui remue, ce qui explose, ce qui doute, ce qui trébuche, tout ce qui ne se pèse pas ou refuse d&#8217;être pesé. Même si elle ne saurait se peser elle-même. La balance, c&#8217;est l&#8217;axiome.</p>
<p>Alors on en voit, des plateaux de rebelles, les mêmes, ou bien leurs clones. Les pieds bien calés, ils agitent les bras, singent une mobilité qu&#8217;ils ne peuvent se permettre : Bouger c&#8217;est tomber. Immobiles, mais pesants. Je pèse, donc je suis.</p>
<p>Une frémissement d&#8217;Éric Zemmour, une œillade d&#8217;Éric Nolot. Un cheveux d&#8217;Alain Minc, un poil de BHL. Une moue d&#8217;Alain Barbier, une tic de Jean-François Kahn.  Et tous se revendiquent, parfois à l&#8217;unisson sur le buzz du jour, de la lutte héroïque car solitaire contre la pensée unique. On mesurera à quel point cette solitude, exposée aux mass-média, est fertile en vie sociale&#8230; Peu importe que leur &laquo;&nbsp;isolement&nbsp;&raquo; soit si bien entouré, capté et diffusé, et qu&#8217;ils soient invariablement présents.<br />
La boîte à poids est là, il n&#8217;y a qu&#8217;à se servir. Tous les poids sont &laquo;&nbsp;ISO&nbsp;&raquo;, étalonnés, certifiés.</p>
<p>Mais certifiés par qui ?</p>
<h3>Le Pavillon de Sèvres</h3>
<p>Le monde des média a son prêtre-ouvrier : le journaliste.</p>
<p>Même si parmi les plus en vue, à la télévision et à la radio notamment, on devrait parler de journaliste-sic, comme le fit brillamment Jérôme Gauthier dans un mémorable <a href="http://www.ancienscfj.com/actualite/53-60-ans-du-cfj-le-canard-s-en-prend-au-cfj.html">article du Canard Enchaîné du 6 août 1958</a> (délectable lecture), il ne s&#8217;agit pas ici de parler des &laquo;&nbsp;gilets rayés&nbsp;&raquo;. Chaque jour apporte son lot de témoignages sur les petits arrangements de la profession, et je n&#8217;ai ni les moyens ni l&#8217;envie d&#8217;en tenir la chronique.</p>
<p>Non, il s&#8217;agit du journaliste &laquo;&nbsp;honnête-sic&nbsp;&raquo;, c&#8217;est à dire celui qui est intimement persuadé de sa propre objectivité, et dans le choix de ses sujets, et dans leurs traitements.</p>
<p>Or, la faille monstrueuse, dans ces velléités d&#8217;objectivité est bien moins dans le traitement &#8211; après tout l&#8217;opinion tient aussi lieu d&#8217;information &#8211; que dans le choix des sources. Car le journaliste est professionnellement conditionné à établir un biais, sous le couvert honorable de &laquo;&nbsp;vérification de la pertinence de ses sources&nbsp;&raquo;, entre ce qui est le monde de la pensée et sa représentation médiatique.</p>
<p>J&#8217;ai eu récemment un échange avec la rédaction du site Rue89, à propos de leur filtrage à la publication d&#8217;articles, animé par leur volonté (je cite) <em>&laquo;&nbsp;de réserver les articles à des témoignages, des expertises, des informations, aussi des tribunes, dans la mesure où leur auteur a une compétence particulière pour traiter du sujet.&nbsp;&raquo;</em><br />
On est là le doigt sur le problème, qui ne concerne pas spécialement Rue89 d&#8217;ailleurs. Extrait de ma réponse :</p>
<blockquote><p>Ce site a fait sa réputation sur son caractère participatif, ce qui nous amène au point crucial : la proposition d&#8217;un article. Témoignages, expertises et informations y trouvent une place légitime comme dans tout site d&#8217;information. Les tribunes, elles, demanderaient à l&#8217;auteur une &laquo;&nbsp;compétence particulière&nbsp;&raquo; sur le sujet. </p>
<p>Ah.</p>
<p>Yves Calvi, qui ne manque pas d&#8217;humour, avait un jour sorti sur un plateau TV : &laquo;&nbsp;Un journaliste, c&#8217;est quelqu&#8217;un qui parle savamment le soir d&#8217;un sujet dont il ignorait le matin jusqu&#8217;à l&#8217;existence.&nbsp;&raquo;<br />
Derrière cette boutade, on peut donc considérer que l&#8217;homo journalisticus s&#8217;extrait de lui-même de cette contrainte de compétence. L&#8217;éditorialiste, sorte de généraliste de l&#8217;opinion, s&#8217;assoie même carrément dessus, même s&#8217;il manie l&#8217;analyse et la synthèse (on dit décryptage, c&#8217;est tendance) correctement, ce qui soit dit sans malice est à la portée de quiconque a du goût pour la comprenette.<br />
Parallèlement, et remarquez que j&#8217;essaie un peu de me mettre à la place des autres, le journaliste doit entretenir avec obsession, l&#8217;assurance de la pertinence de ses sources.</p>
<p>Le monde se diviserait donc en trois catégories : les sachant, les journalistes, et les autres. Il va sans dire que c&#8217;est le journaliste qui en définit les frontières.<br />
[...]<br />
L&#8217;originalité suppose jeter aux orties le critère de compétence, lequel ne saurait être établi que par&#8230; les gens compétents.</p></blockquote>
<p>Oui, le journaliste fait un tri permanent basé sur une évaluation de la pertinence, la plupart du temps sans en avoir les moyens. Il prendra donc pour référence l&#8217;ordre établi, considérant qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;un conservatisme objectif, car n&#8217;ayant pas de rapport direct avec le métier de journaliste. Une fois le tri fait, et mal fait, il exercera avec une objectivité affichée une composition équilibrée entre les opinions restantes. D&#8217;où la balance, cet alibi suprême à chaque procès en subjectivité.<br />
Le journaliste externalise la subjectivité, mais en est le premier vecteur.</p>
<h3>Et le net ?</h3>
<p>L&#8217;exemple du projet Rue89 est particulièrement intéressant puisqu&#8217;il cherche justement à établir une sorte de chaînon manquant entre journalisme et anonymes. En s&#8217;appuyant sur le Web, outil techniquement révolutionnaire, il semble qu&#8217;il soit passé à côté du vrai problème, qu&#8217;aucune technologie ne saurait résoudre :<br />
Comment concilier journalisme et lutte contre la pensée unique ?</p>
<p>Internet offre à chacun la capacité d&#8217;être son propre éditeur. Conséquence immédiate, internet lutte contre la pensée unique en supprimant le filtrage, et&#8230; le journaliste avec.<br />
C&#8217;est la blogosphère, qui fait l&#8217;objet de critiques virulentes par le monde de la presse, à hauteur de ce que celui-ci pouvait éliminer comme témoignages et opinions.<br />
La blogosphère est au journalisme ce que le café turc est à l&#8217;expresso : pas de filtrage, tout n&#8217;est pas comestible, et ça demande du temps de décantation. Mais un goût différent à chaque instant.</p>
<p>Appliquer alors un filtrage centralisé autour d&#8217;un site particulier est à mon avis sans avenir, car c&#8217;est reproduire le même biais que dans la presse classique. Et l&#8217;internaute, de moins en moins dupe, se fatiguera assez vite, et &laquo;&nbsp;changera de filtre&nbsp;&raquo; trop souvent pour en privilégier un seul.<br />
En revanche, produire du contenu de qualité, c&#8217;est à dire participer à la grande synthèse par addition, et non par soustraction, laisse au journaliste un rôle irremplaçable. <strong>Il était sélectionneur de source, il devient source sélectionnée</strong>, d&#8217;autant plus fréquemment qu&#8217;il fait bien son boulot.</p>
<p>C&#8217;est la mutualité des rapports, native au web, qui changera la donne.<br />
A la toile technique, géniale création qui assure une immunité parfaite aux pannes de réseau grâce à son absence totale de hiérarchie, se superpose la toile intelligente des liens.<br />
Elle est caractérisée par une infinité de points d&#8217;observation, une évolution permanente des connexions, et une interactivité croissante sur les contenus. Parallèlement, les courants d&#8217;opinion sont atomisés, écrasés par la multitude, victimes finalement de <a href="http://liger.amsud.net/2010/02/12/de-lentropie-en-veux-tu-en-voila/">l&#8217;entropie idéologique, déjà abordée ici</a>.</p>
<p>Une sorte d&#8217;immunité à la pensée unique pourrait bien en sortir, mais elle demeurera impalpable, car aucune individualité, de personne comme d&#8217;entreprise médiatique ou politique, ne pourrait s&#8217;en réclamer autrement que d&#8217;une manière anonyme, ni s&#8217;en attribuer qui la paternité, qui la représentation.<br />
Une sorte de réalité sans image, sans discours, sans prophète et sans pape. Précisément ce que les média ne peuvent mettre en boîte.</p>
<p>C&#8217;est une autre axiomatique, et de la balance ne restera que le ridicule fléau.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Retraites : et l&#8217;approche humaine ?</title>
		<link>http://liger.amsud.net/2010/06/08/retraites-et-lapproche-humaine/</link>
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		<pubDate>Tue, 08 Jun 2010 09:18:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liger</dc:creator>
				<category><![CDATA[Droit du travail]]></category>
		<category><![CDATA[Emploi]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
		<category><![CDATA[Progrès]]></category>
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		<description><![CDATA[On a l'habitude.

Les retraites, sujet de clivage politique, font l'objet d'une bataille dogmatique où rivalisent certitudes et indifférence.

Dans ce débat, on a un peu oublié l'essentiel : les gens.

- C'est quoi, vieillir aujourd'hui ?

- Qu'est-ce qu'un senior actif, un senior au chômage, un senior malade, un senior à la retraite ?

- Quelle place la société leur fait-elle ?

Traiter du sujet des retraites, c'est d'abord répondre à ces questions. Et les réponses existent, il suffit de consulter les nombreuses études réalisées depuis des années.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On a l&#8217;habitude.</p>
<p>Les retraites, sujet de clivage politique, font l&#8217;objet d&#8217;une bataille dogmatique où rivalisent certitudes et indifférence.</p>
<p>Dans ce débat, on a un peu oublié l&#8217;essentiel : les gens.</p>
<p style="padding-left: 30px">- C&#8217;est quoi, vieillir aujourd&#8217;hui ?</p>
<p style="padding-left: 30px">- Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un senior actif, un senior au chômage, un senior malade, un senior à la retraite ?</p>
<p style="padding-left: 30px">- Quelle place la société leur fait-elle ?</p>
<p>Traiter du sujet des retraites, c&#8217;est d&#8217;abord répondre à ces questions. Et les réponses existent, il suffit de consulter les nombreuses études réalisées depuis des années.</p>
<h3>Une vie plus longue ?</h3>
<p>On nous l&#8217;a assez ressassé, <a href="http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&amp;ref_id=NATTEF02240">l&#8217;espérance de  vie en France</a> augmente régulièrement, de l&#8217;ordre de 2 mois supplémentaires chaque année, et est estimée pour un nouveau né en 2009 à 77,8 années (garçon) ou 84,5 années (fille).</p>
<p><img class="alignnone" style="margin-left: 15px;margin-right: 15px" title="données INSEE - calculs de l'auteur" src="http://i727.photobucket.com/albums/ww277/Liger_pic/Evolutiondelesprancedevievs.jpg" alt="" width="450" height="557" /><br />
Intuitivement, si l&#8217;augmentation de l&#8217;espérance de vie est une bonne nouvelle, on ne la perçoit pas forcément comme un avantage personnel, ces chiffres étant de nature statistique. En toute rigueur, chaque année de vie passée nous fait appartenir aux <em>happy few</em> qui ont vécu jusque là, et ce club a une espérance moyenne de vie supérieure. En 2009, un sexagénaire a une espérance de vie de 82,2 années, ce qui est bien supérieur au 77,8 années pour le nouveau né, bien que ce dernier profitera davantage des progrès en la matière. S&#8217;il a la chance de vivre jusqu&#8217;à 60 ans. Car l&#8217;augmentation de l&#8217;espérance moyenne de vie n&#8217;implique malheureusement pas sa répartition équitable.</p>
<p>Un peu quand-même, en fait. Si l&#8217;on considère, par tranche d&#8217;âge, <a href="http://www.statistiques-mondiales.com/france_mortalite_par_age.htm">la mortalité en France entre 1975 et 2005</a>, on observe que les progrès (baisse) sont plutôt bien répartis, et légèrement au profit des plus jeunes (graphique de gauche) :<br />
<img class="alignnone" style="margin-left: 15px;margin-right: 15px" title="données INSEE via statistiques-mondiales.com - calculs de l'auteur" src="http://i727.photobucket.com/albums/ww277/Liger_pic/baissemortalitvs.jpg" alt="données INSEE - calculs de l'auteur" width="450" height="370" /></p>
<p>Ainsi, si les plus jeunes profitent en priorité des progrès en matière de santé, sécurité, etc. ces progrès concernent le plus grand nombre.</p>
<p>La figure de droite exprime le gain en vies sauvées par millier de personnes, et cette valeur est bien entendue d&#8217;autant plus élevée que la mortalité l&#8217;était en 1975. On constate donc un pic chez le nourrisson (mortalité infantile précoce élevée), et des valeurs croissant avec l&#8217;âge.</p>
<p>Il apparaît donc que si les progrès en gériatrie, ou tout ce qui concerne la protection des personnes âgées, se sont accrus d&#8217;un peu plus de moitié par rapport aux progrès en pédiatrie (l&#8217;effort collectif portant essentiellement sur cette dernière discipline), leurs effets démographiques sont de 10 à 100 fois supérieurs.</p>
<p>Ce mécanisme purement arithmétique, combiné avec une pyramide des âges inversée,  conduit à une explosion démographique des plus de 75 ans. Ainsi, la <a href="http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&amp;ref_id=NATTEF02107">répartition par génération de la population française</a> (et sa <a href="http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&amp;ref_id=NATTEF02164">projection</a>) est considérablement modifiée :<br />
<img title="données INSEE - calculs de l'auteur" src="http://i727.photobucket.com/albums/ww277/Liger_pic/Rpartitionparagevs.jpg" alt="données INSEE - calcul de l'auteur" width="500" height="209" /><br />
Il en résulte que notre problème d&#8217;équilibre financier d&#8217;origine démographique tient davantage dans la prise en charge des plus de 75 ans, en hausse forte et continue, que dans le financement des retraites du &laquo;&nbsp;3ème age&nbsp;&raquo;, qui croît lentement, exception faite du pic du baby-boom devenu papy-boom.<br />
Le point de vue démographique de la chose devrait donc nous inciter à explorer en priorité la piste des coûts de prise en charge de la dépendance liée à l&#8217;âge, en développant des moyens dans ce domaine. Or il n&#8217;est pas sûr (c&#8217;est un euphémisme) que les institutions existantes soient la panacée, en termes humains comme économiques. On peut imaginer une meilleure solidarité intra-générationnelle, consistant par exemple à mettre en &laquo;&nbsp;pot commun&nbsp;&raquo; une partie des pensions de retraite et du patrimoine de ceux qui deviennent dépendants, de manière à financer, et à réduire par effet de volume, les coûts de prise en charge.<br />
Si la retraite par répartition est l&#8217;expression de solidarité inter-génération, il serait bon de développer, au sein d&#8217;une même génération, plus de solidarité.<br />
N&#8217;oublions jamais que les progrès de la médecine reposent sur l&#8217;expérience, donc sur les patients, et donc essentiellement sur les pathologies&#8230; des modestes, plus nombreux. Ceci fait de la santé le domaine solidaire par essence.</p>
<h3>60 ans, mais dans quel état ?</h3>
<p>60 ans, 65 ans, 70 ans, on jongle avec ces chiffres comme s&#8217;ils signifiaient quelque chose. En fait oui, ils signifient&#8230; l&#8217;âge de la retraite. La boucle est bouclée, et souvent le débat aussi.<br />
A l&#8217;allongement de l&#8217;âge de départ en retraite, on peut facilement opposer un argument : Le taux d&#8217;activité des seniors décroit fortement avec l&#8217;âge.<br />
Il y a trois raisons à ça : les problèmes de santé se multiplient, le marché du travail est davantage fermé, et la proximité de l&#8217;âge de départ constitue, pour des raisons essentiellement économiques (on se rapproche du taux plein), une bonne raison de prendre prématurément sa retraite (ce dernier point étant confirmé par <a href="http://www.irdes.fr/Publications/Qes/Qes148.pdf">une étude de l&#8217;IRDES</a>).</p>
<p>La première raison (santé) est en principe indépendante du système de retraites : il s&#8217;agit de pathologies directement liées au vieillissement, ou de probabilité croissante, avec le temps, d&#8217;être victime d&#8217;une affection grave.</p>
<p>Cependant, la prise en charge de ce problème diffère énormément selon les pays, et biaise largement les statistiques du taux d&#8217;emploi des seniors. Ainsi, si l&#8217;on compare le <a href="http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&amp;ref_id=CMPTEF03135">taux d&#8217;emploi par âge de 4 pays européens</a> (F, D, UK, S), on constate que la Suède est championne pour l&#8217;emploi des séniors :</p>
<p><img class=" alignnone" style="margin-left: 15px;margin-right: 15px" title="données INSEE - calculs de l'auteur" src="http://i727.photobucket.com/albums/ww277/Liger_pic/tauxdemploiparagevs.jpg" alt="" width="450" height="273" /></p>
<p>Pas si sûr. Un <a href="http://www.irdes.fr/Publications/Qes/Qes108.pdf">bulletin de l&#8217;IRDES traitant des dispositifs de cessation de l&#8217;activité selon ces pays</a> fait état de grandes disparités dans le statut des personnes bénéficiant d&#8217;une pension d&#8217;invalidité, leur permettant de sortir des statistiques du marché du travail :<br />
<img class="alignnone" style="margin-left: 5px;margin-right: 5px" title="source : IRDES - Bulletin d’information en économie de la santé - n° 108 - Mai 2006" src="http://i727.photobucket.com/albums/ww277/Liger_pic/pensiondinvalidit.jpg" alt="" width="464" height="399" /></p>
<p>L&#8217;article précise que si en France, la pension d&#8217;invalidité représente 50% du dernier revenu de l&#8217;intéressé, le statut de salarié en fin d&#8217;activité, dispensé de recherche d&#8217;emploi, lui assure 65 à 75% de ce revenu&#8230; On s&#8217;en doutait, mais ces statistiques du chômage sont décidément trop tordues pour être prises au sérieux.</p>
<p>Mais d&#8217;abord, de quoi souffrent les salariés en incapacité ?</p>
<p>Une enquête de SHARE (Survey on Health Ageing and Retirement in Europe) menée en 2004, et <a href="http://www.irdes.fr/Publications/Qes/Qes109.pdf">compilée par l&#8217;IRDES</a> s&#8217;est intéressée aux pathologies les plus invalidantes chez les 50-65 ans. Dans l&#8217;ordre décroissant de limitation de l&#8217;activité : <em>Maladie de Parkinson &#8211; Fracture de la hanche &#8211; Ostéoporose &#8211; Cataracte &#8211; Accident vasculaire cérébral &#8211; Cancer &#8211; Asthme &#8211; Maladie pulmonaire &#8211; Ulcère gastrique &#8211; Diabète &#8211; Maladie cardiaque &#8211; Polyarthrites &#8211; Cholestérol &#8211; Hypertension artérielle.</em> On y voit aussi que les deux pays où l&#8217;on se déclare le plus limité dans son activité sont les Pays Bas et&#8230; la Suède.</p>
<p>Curieusement, cette étude reste très &laquo;&nbsp;pudique&nbsp;&raquo; sur les affections psychiatriques, absentes des statistiques.</p>
<p>Pourtant, comme le montre une étude de la Caisse Nationale d&#8217;Assurance Maladie des Travailleurs Salariés (CNAM-TS) réalisée en 2000, et présentée dans un <a href="http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-off/i3187.asp#P987_107172">rapport de l&#8217;Assemblée Nationale</a>, la consommation de psychotropes touche d&#8217;abord les sujets âgés, en particulier les femmes :<br />
<img class="alignnone" title="données CNAM-TS - calculs de l'auteur" src="http://i727.photobucket.com/albums/ww277/Liger_pic/Consommationpsychotropesvs.jpg" alt="" width="500" height="217" /><br />
Cette étude met en évidence des prescriptions en partie abusives de ces psychotropes (selon les études, la France est championne en Europe &#8211; ou seconde après la Belgique &#8211; de la consommation de ces substances), mais également la part de &laquo;&nbsp;malaise&nbsp;&raquo; liée à l&#8217;âge, voire à l&#8217;activité salariée / chômage (pic des antidépresseurs à 50-59 ans). <strong>A partir de 50 ans, presque une Française salariée sur deux &laquo;&nbsp;tourne aux médocs&nbsp;&raquo;</strong>.<br />
Mais c&#8217;est si l&#8217;on interroge directement les gens que l&#8217;on met en lumière les disparités les plus importantes. L&#8217;étude la plus intéressante, réalisée par SHARE et portant sur 22 000 personnes, s&#8217;intéresse à la <a href="http://www.irdes.fr/Publications/Qes/Qes120.pdf">Pénibilité au travail et la santé des seniors en Europe</a>. Je recommande sa lecture, et en voici extraites quelques observations :<br />
- On est en meilleure santé si :</p>
<ul>
<li>le  salaire et/ou les perspectives d’avancement ou de progression personnelle sont élevés,</li>
<li>la pénibilité physique perçue et la pression sont faibles,</li>
<li>la possibilité de décider de la conduite de son travail et de développer de nouvelles compétences est forte,</li>
<li>la sécurité de l&#8217;emploi est forte.</li>
</ul>
<p>- Le rapport insiste bien sur l&#8217;état de santé des chômeurs :</p>
<ul>
<li>78 % des personnes de 50 à 65 ans en emploi se perçoivent en bon état de santé contre 58 % des personnes sans emploi.</li>
</ul>
<p>- Le rapport conclut ainsi :</p>
<ul>
<li> <em>&laquo;&nbsp;Les caractéristiques de l’organisation du travail et la santé constituent des déterminants importants de la participation des seniors au marché du travail. Si l’on souhaite favoriser l’emploi des seniors et préserver leur santé sur leur lieu de travail, la mise en œuvre d’une prévention des risques organisationnels constitue une solution efficace.&nbsp;&raquo;</em></li>
</ul>
<h3>No country for old man</h3>
<p>Le marché du travail est-il adapté aux séniors ? On a presque honte de poser la question, tellement la réponse semble évidente.<br />
Le monde de l&#8217;entreprise a fortement évolué ces dernières décennies, et cette évolution peut être caractérisée par deux facteurs en partie liés : le taux d&#8217;emploi et la productivité (en hausse).<br />
Toutefois, il existe en Europe de grandes disparités devant ces paramètres (voir cet <a href="http://www.robert-schuman.eu/question_europe.php?num=qe-45">article de J-F Jamet</a>). La productivité se fait souvent au détriment du social, ce qui fait porter son coût sur les structures collectives sociales. Ainsi, les RTT  ou les emplois aidés, représentent à la fois un bien social et un mal en termes de productivité par personne. Inversement, &laquo;&nbsp;<em>si l&#8217;on passe durablement d&#8217;un rythme de productivité de 1 à 2 % par an, la croissance du PIB est supérieure d&#8217;1 point et celle de l&#8217;emploi identique à la situation antérieure&nbsp;&raquo;</em> (voir <a href="http://www.senat.fr/rap/r06-189/r06-1897.html#toc52">Rapport d&#8217;information n° 189 (2006-2007) du Sénat chapitre III</a>).</p>
<p>Toujours est-il que le monde de l&#8217;entreprise agira naturellement, pour des raisons économiques évidentes, dans le sens d&#8217;une productivité maximale, et que l&#8217;on peut constater <a href="http://stats.oecd.org/Index.aspx?DatasetCode=LEVEL">au sein de l&#8217;OCDE</a> que les pays les plus développés sont à la fois les plus productifs, et ceux qui consomment le moins d&#8217;heures de travail.</p>
<p>Quand on aborde le sujet de la productivité des seniors, on touche là à un sujet tabou, probablement à cause du langage électoral qui évite d&#8217;associer l&#8217;âge d&#8217;une population très représentative de l&#8217;électorat à une faiblesse quelconque. Une <a href="http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/dossier02.pdf">étude de l&#8217;INSEE</a> nous donne quelques éléments essentiels.<br />
D&#8217;abord, les disparités sont énormes selon :</p>
<ul>
<li>Le domaine d&#8217;activité : l&#8217;Industrie voit la productivité des salariés chuter dès 40 ans, alors que le Commerce et les Services la voient maximale à 45 ans, puis relativement stable.</li>
<li>Le niveau de qualification : Si les plus qualifiés mettent à profit leur expérience et augmentent ainsi leur productivité comme leur salaire, les autres stagnent en salaire, ou restent au chômage notamment quand des grilles salariales sont appliquées.</li>
</ul>
<p>On observe ainsi une augmentation statistique des salaires moyens avec l&#8217;âge, mais essentiellement liée au fait que plus l&#8217;âge avance, plus les non qualifiés sortent du marché de l&#8217;emploi. Pour les femmes, le salaire moyen n&#8217;augmente pas ou peu avec l&#8217;âge, car les sorties du marché de l&#8217;emploi sont plus fréquentes, à haut niveau de qualification aussi.</p>
<h3>A un problème humain, des réponses humaines</h3>
<p>On est face à trois problèmes :</p>
<ol>
<li>Comment améliorer le taux d&#8217;emploi des seniors les moins qualifiés, dans l&#8217;industrie notamment ?</li>
<li>Comment adapter l&#8217;environnement de travail aux plus &laquo;&nbsp;fragiles&nbsp;&raquo; des seniors, pour leur permettre d&#8217;exprimer leur expérience tout en préservant leur santé ?</li>
<li>Comment éviter l&#8217;effet de seuil lié à un âge officiel de départ à la retraite, qui a l&#8217;inconvénient de noircir la perception des seniors et d&#8217;inciter le salarié à ne raisonner qu&#8217;en fonction de son calcul de décote ?</li>
</ol>
<p>Le premier point concerne essentiellement les entreprises, sa réponse doit donc s&#8217;adresser à elles. On cherche ici à corriger deux tirs : D&#8217;une part (court terme), la baisse de productivité qui ne peut avoir qu&#8217;une réponse économique, et d&#8217;autre part (long terme) les profils de carrières qui ne doivent plus &laquo;&nbsp;laisser en friche&nbsp;&raquo; les talents de nombreux salariés, condamnés à ne fournir qu&#8217;un travail de nature quantitative, sans capitalisation de l&#8217;expérience.</p>
<p style="padding-left: 30px">Une aide financière à l&#8217;embauche des seniors, sous forme d&#8217;allégement des charges par exemple, aurait un effet pervers sur le taux d&#8217;emploi des autres générations, et notamment des jeunes. En revanche, associer l&#8217;emploi d&#8217;un jeune à celui d&#8217;un senior évite cet inconvénient. Ainsi, une solution consisterait pour l&#8217;entreprise à ne payer de charges sociales que sur une tête, pour un <strong>binôme constitué d&#8217;un junior et d&#8217;un senior</strong>. Le senior ne travaillerait qu&#8217;à temps partiel, selon des conditions définies plus loin.</p>
<p style="padding-left: 30px">Un <strong>système de bonus-malus établi en fonction des efforts de formation</strong> et plus généralement de la gestion des ressources humaines dans le sens d&#8217;une meilleure capitalisation de l&#8217;expérience, pourrait être appliqué, et éviter ainsi les carrières vouées tôt ou tard à une sortie anticipée du marché de l&#8217;emploi.</p>
<p>Le second point, abordé dans le rapport de l&#8217;IRDES (grosse enquête SHARE), nécessite un aménagement des conditions de travail. Cependant, compte tenu de la spécificité des seniors, dont les compétences s&#8217;expriment &laquo;&nbsp;dans la qualité plus que dans la quantité&nbsp;&raquo;, l&#8217;aménagement qui parait le plus simple à mettre en place est celui du temps de travail (annualisé) décroissant.</p>
<p style="padding-left: 30px">Ainsi, on peut conjuguer productivité et employabilité des seniors, tout en privilégiant l&#8217;espérance de vie, en démarrant dès 50 ans le cycle suivant (les valeurs sont indicatives) :</p>
<blockquote><p>- travail à 80%, payé 90% de 50 à 55 ans (5% pris en charge par l&#8217;État, idem pour l&#8217;entreprise)<br />
- travail à 60%, payé 80% de 55 à 60 ans (10% pris en charge par l&#8217;État, idem pour l&#8217;entreprise)<br />
- travail à mi-temps, payé 75% de 60 à 65 ans (15% pris en charge par l&#8217;État, 10% pour l&#8217;entreprise)<br />
- travail à mi-temps, payé 75% (prise en charge intégrale par l&#8217;entreprise) au delà, sur souhait du salarié et de l&#8217;entreprise.</p></blockquote>
<p style="padding-left: 30px">Cette formule serait facultative (alternative au &laquo;&nbsp;x&nbsp;&raquo; années légales), mais décidée de manière irréversible : <strong>on profite du confort sur la période 50-60 ans pour améliorer sa santé, et travailler à mi-temps jusqu&#8217;à 65 ans</strong>.</p>
<p style="padding-left: 30px">Le fait d&#8217;aborder la vie professionnelle dans un contexte évolutif vers plus de temps libre (WE plus longs, ou partie de l&#8217;année passée au vert à préparer sa retraite) permettrait d&#8217;agir là où ça pèche : le moral. Ça permettrait aussi aux salarié(e)s travaillant à temps partiel par obligation d&#8217;acquérir un droit de pension plein-temps avant la retraite (reconnaissance financière).</p>
<p>Le 3ème point concerne directement le calcul de décote : Un salarié aura d&#8217;autant plus tendance à partir prématurément en retraite que sa décote sera faible, et donc qu&#8217;il se rapprochera de sa période optimale de cotisation. Or on ne sait, jusqu&#8217;ici, traiter finement le problème d&#8217;injustice liées aux disparités sur l&#8217;espérance individuelle de vie (pénibilité + facteurs génétiques).</p>
<p style="padding-left: 30px">Jusque là, en fonction de la durée de cotisation, on améliorait plus ou moins sa retraite. Le montant de la pension était alors fixé, à vie. Ceux qui vivaient plus longtemps avaient doublement plus de chance.</p>
<p style="padding-left: 30px">Si maintenant, on applique un <strong>montant de pension décroissant</strong>, de l&#8217;ordre de -5% tous les cinq ans (en appliquant un plancher), on rétablit en (faible) partie l&#8217;équité dans le partage des montants cotisés. Et si la date, à partir de laquelle la décroissance de la pension commence, dépend de la durée de cotisation, on se trouve dans la situation suivante :</p>
<blockquote><p>- les salariés en mauvaise santé partirons tôt en retraite, en profitant (moins longtemps hélas que la moyenne, mais plus confortablement qu&#8217;auparavant) d&#8217;une pension optimale,<br />
- les salariés se sentant en bonne santé auront intérêt à cotiser plus longtemps, pour reculer la date de décroissance de pension,<br />
- les salariés partis tôt malgré une bonne santé seront pénalisés, car ils connaîtrons plus tôt une baisse de leur pouvoir d&#8217;achat, et participeront ainsi davantage au financement des dépendances du 4ème âge.</p></blockquote>
<p>Ce nouveau calcul de décote peut paraître un peu surprenant, mais il permet, indépendamment des statuts (public/privé), des domaines d&#8217;activité ou des niveaux sociaux, d&#8217;équilibrer les choses et de mettre chacun devant ses responsabilités.<br />
Associé à une véritable prise en charge collective du 4ème âge, il permettra dans chaque situation individuelle d&#8217;équilibrer durée de cotisation et durée de retraite avant perte d&#8217;indépendance.</p>
<p>Car il s&#8217;agit de faire financer, progressivement, la dépendance :</p>
<ul>
<li>par les retraités, de la manière la plus redistributive possible (solidarité intra-générationnelle),</li>
<li>par l&#8217;entreprise, à travers sa participation à la réduction du temps de travail des seniors (&laquo;&nbsp;taxe&nbsp;&raquo; sur la productivité accrue),</li>
<li>par l&#8217;État, à travers sa participation à la réduction du temps de travail des seniors et à l&#8217;aide sur l&#8217;emploi junior-senior (ce qui constitue un bon investissement Santé/Économie).</li>
</ul>
<p>Au fond nous nous trouvions au XXème siècle devant le problème du financement des retraites pour tous. Et nous avons répondu par le système par répartition, expression de solidarité entre 2ème et 3ème âge.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui devant le problème du financement des pensions des plus de 75 ans, il s&#8217;agit de mettre en place une solidarité issue du 3ème âge en bonne santé, chez les actifs comme chez les retraités les plus aisés. Les disparités importantes des revenus des retraités (par sexe, par régions, par rapport pension/cotisations, par carrière, par patrimoine, par complément de capitalisation) devraient nous y inciter.</p>
<blockquote><p>Sources :</p>
<p>INSEE</p>
<p style="padding-left: 30px"><a href="http://www.insee.fr/fr/ffc/figure/NATTEF02240.xls">Espérance de vie à divers âges (série longue depuis 1994)</a><br />
<a href="http://www.statistiques-mondiales.com/france_mortalite_par_age.htm">Taux de mortalité par âge en France de 1975 à 2005</a><br />
<a href="http://www.insee.fr/fr/ffc/figure/NATTEF02107.xls">Population par groupe d&#8217;âge (série longue depuis 1901)</a><br />
<a href="http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&amp;ref_id=NATTEF02164">Projection de population à l&#8217;horizon 2050 et structure par âge</a><br />
<a href="http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=98&amp;ref_id=CMPTEF03135">Taux d&#8217;emploi par âge dans l&#8217;Union européenne</a><br />
<a href="http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/dossier02.pdf">Les salaires des seniors sont-ils un obstacle à leur emploi ? &#8211; Patrick Aubert</a></p>
<p>IRDES</p>
<p style="padding-left: 30px"><a href="http://www.irdes.fr/Publications/Qes/Qes148.pdf">Partir à la retraite en Europe : déterminants individuels et rôle de la protection sociale &#8211; Thierry Debrand, Nicolas Sirven</a><br />
<a href="http://www.irdes.fr/Publications/Qes/Qes108.pdf">Quels dispositifs de cessation d’activité<br />
pour les personnes en mauvaise santé ? &#8211; Thomas Barnay, François Jeger (DREES)</a><br />
<a href="http://www.irdes.fr/Publications/Qes/Qes109.pdf">L’impact de l’état de santé sur l’emploi<br />
des seniors en Europe &#8211; Thomas Barnay, Thierry Debrand</a><br />
<a href="http://www.irdes.fr/Publications/Qes/Qes120.pdf">Pénibilité au travail et santé des seniors en Europe &#8211; Thierry Debrand, Pascale Lengagne</a></p>
<p>Assemblée Nationale</p>
<p style="padding-left: 30px"><a href="http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-off/i3187.asp#P987_107172">Rapport sur le bon usage des médicaments psychotropes &#8211; Maryvonne BRIOT</a></p>
<p>Sénat</p>
<p style="padding-left: 30px"><a href="http://www.senat.fr/rap/r06-189/r06-189.html">Productivité et niveau de vie : l&#8217; Europe décroche-t-elle ? &#8211; Joël BOURDIN</a></p>
<p>Fondation Robert Schuman</p>
<p style="padding-left: 30px"><a href="http://www.robert-schuman.eu/question_europe.php?num=qe-45">Productivité, temps de travail et taux d&#8217;emploi dans l&#8217;Union européenne &#8211; Jean-François Jamet</a></p>
<p>OCDE</p>
<p style="padding-left: 30px"><a href="http://stats.oecd.org/Index.aspx?DatasetCode=LEVEL">OECD estimates of labour productivity levels</a></p>
</blockquote>
<p><em>Article publié sur <a href="http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/retraites-et-l-approche-humaine-76107">AgoraVox</a> le 9 juin 2010</em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>La crise, ou le miracle libéral à crédit</title>
		<link>http://liger.amsud.net/2010/05/23/la-crise-ou-le-miracle-liberal-a-credit/</link>
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		<pubDate>Sun, 23 May 2010 09:33:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liger</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C'est la crise. Une belle, dans le genre séisme, the big one.
Parmi les officiels, chacun feint plus ou moins de la considérer comme accidentelle et transitoire, et promet ainsi une retour à la normale.
Elle est systémique, fatale, et durable. Une fois établi ce constat, largement ressenti dans l'opinion, tâchons de sortir de l'intuition, et d'analyser froidement et logiquement comment nous en sommes arrivés là.
[...] Il s'agit juste de démontrer que dans un monde fermé et assoiffé de démocratie, ce modèle ne marche pas.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est la crise. Une belle, dans le genre séisme, the big one.</p>
<p>Parmi les officiels, chacun feint plus ou moins de la considérer comme accidentelle et transitoire, et promet ainsi une retour à la normale.</p>
<p>Elle est systémique, fatale, et durable. Une fois établi ce constat, largement ressenti dans l&#8217;opinion, tâchons de sortir de l&#8217;intuition, et d&#8217;analyser froidement et logiquement comment nous en sommes arrivés là.</p>
<p>La crise est systémique car elle est liée à un modèle économique, dit libéral, appliqué à une petite planète, dans un contexte de démocratie. C&#8217;est la conjonction de ces trois éléments qui fait la crise, qui devait fatalement la faire, et qui va la faire durer.</p>
<p>Le modèle libéral s&#8217;appuie sur la libre concurrence pour établir des équilibres à travers le marché, des bénéfices à travers l&#8217;individualisme, et une dynamique à travers la croissance. Le but n&#8217;est pas ici de juger sur le plan moral le bien fondé d&#8217;un tel système. Le libéralisme constituait un réel progrès dans l&#8217;Europe du XVIIIème siècle. Et la Révolution Française était fondamentalement une révolution libérale.</p>
<p>Il s&#8217;agit juste de démontrer que dans un monde fermé et assoiffé de démocratie,  ce modèle ne marche pas.</p>
<p>L&#8217;économie existe à travers un maillage de transactions (d&#8217;échanges) de nature diverses, qui en gros consistent à troquer une valeur contre une autre valeur. On peut bien expliquer l&#8217;économie avec des mots compliqués, définir des lois et utiliser des niveaux d&#8217;analyse réservés à des spécialistes, il n&#8217;empêche que l&#8217;économie passe par ces échanges. L&#8217;économie, c&#8217;est tout-public.</p>
<p>Des échanges donc, et dans le but apparemment évident d&#8217;en faire bénéficier les deux parties. Ou pas.</p>
<p>Car l&#8217;économie libérale n&#8217;implique pas l&#8217;équité. Les échanges effectués lors de la colonisation, les rapports entre le marché et les producteurs de café, de bananes, ou de tous ceux dont la fragile condition permet la spoliation, ne sont pas équitables.</p>
<p>Du point de vue économique, ce n&#8217;est pas un problème, la meilleure preuve est le développement sans précédent du monde occidental au cours des trois derniers siècles.</p>
<p>Le véritable problème est le bilan de l&#8217;échange, et donc ce qu&#8217;on met dans le bilan.</p>
<blockquote><p>Paul possède 3 brebis qui lui reviennent à 1000€ chaque. Il a besoin d&#8217;argent.<br />
Pierre profite de la situation en achetant à Paul 2 brebis à 800€.<br />
Paul n&#8217;a plus les moyens d&#8217;entretenir sa dernière brebis, la tue et en tire 400€.<br />
Comme la brebis vivante se fait rare, elle vaut maintenant 1500€ pièce.</p></blockquote>
<p>Avant l&#8217;échange, Paul avait 3000€ de brebis, et Pierre 1600€, soit au total 4600€.<br />
Après l&#8217;échange, Paul a 2000€, et pierre 3000€ de brebis, soit au total 5000€.<br />
En valeur, le bilan de l&#8217;échange est positif de 400€. Mais :</p>
<ul>
<li>Paul est ruiné (dégouté du monde matérialiste, il deviendra journaliste du web)</li>
<li>Une brebis est morte et ne fournira plus ni lait ni agneau.</li>
</ul>
<p>On le voit à travers cet exemple, la loi du marché et le système associé font voir les choses d&#8217;une certaine façon. Ainsi, le bilan de cet échange est positif, on a créé de la richesse.</p>
<p>Tant que la disparition de la brebis ne porte pas à conséquence, et que la situation de Paul ne concerne que lui (ce qui implique qu&#8217;on s&#8217;en fiche un peu), on peut dire que ce système fonctionne.</p>
<p>Seulement, ces deux conditions sont de moins en moins réunies.</p>
<p>Tant que le système n&#8217;était pas fermé, c&#8217;est à dire qu&#8217;il était possible de piocher dans les ressources naturelles le rattrapage du déficit d&#8217;un tel système, tout allait bien. La Russie de Poutine fonctionne encore sur ce modèle. Longtemps les colonies ont servi à ça.</p>
<p>Mais la limite évidente des ressources naturelles est maintenant palpable à travers notre connaissance devenue exhaustive du monde, et se rapproche de nous par une demande en explosion. La disparition d&#8217;une partie importante des ressources a des conséquences autrement plus fâcheuses, et surtout plus réelles, qu&#8217;une simple variation des cours. On appelle ça l&#8217;effet de bord. Le monde est un espace désormais fini, et le bilan doit en tenir compte.</p>
<p>Ensuite, la démocratie a profondément changé la donne. Les gens comme Paul votent, ce qui incite les décideurs politiques a prendre des mesures allant dans le sens de leur protection, sociale notamment.</p>
<p>Mais vouloir conserver un tel système, tout en contenant la pression populaire, a un coût. Il s&#8217;agit  de prestations sociales visant à rattraper les nouvelles situations d&#8217;iniquité, ou d&#8217;injections massives de subventions dans une économie qui “tue le mouton” tous les jours.</p>
<p>Le début des années 70 est une époque charnière et marque la rentrée de la France dans le monde libéral :</p>
<ul>
<li>par la libération des prix (destinée, par l&#8217;inflation, à annuler les acquis salariaux de 68),</li>
<li>par la fin du contrôle des grandes entreprises par l&#8217;État, dans l&#8217;esprit du CNR,</li>
<li>par la fin du protectionnisme, à travers le marché libre européen.</li>
</ul>
<p>Parallèlement, le premier choc pétrolier nous rappelle que les ressources sont épuisables, et qu&#8217;on ne saurait téléguider indéfiniment nos anciennes colonies.</p>
<p>L&#8217;économie et la situation sociale de tout le monde occidental sont brusquement fragilisées, et on a cherché, en apnée, des solutions.</p>
<p>La première s&#8217;appuyait sur les marchés, justement. Aveuglés par la capacité d&#8217;autogénération fictive de valeur par le système, on a construit avec une naïveté toute suspecte une gigantesque <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cha%C3%AEne_de_Ponzi">chaine de Ponzi</a>. Les finances avaient alors la part belle, la Grande Bretagne abandonnait son industrie pour le tout City, et les USA vivaient déjà allègrement à crédit. Le tout finançait la consommation et une bonne partie des retraites du monde occidental, mais reposait sur un pieux mensonge.</p>
<p>Ce parachute dorsal s&#8217;est déchiré en 2008.</p>
<p>La seconde s&#8217;appuyait au contraire sur le social, et tout en quittant progressivement les trente glorieuses, on s&#8217;est mis à payer massivement des gens à ne rien faire, ou plus exactement à ne rien produire, ce qui est différent. Voire même, dans le cas des agriculteurs, à les payer pour défaire. C&#8217;était la condition sine qua non pour faire perdurer le système, à travers le soutien des cours et de la consommation. Cette manipulation artificielle des cours, dans le domaine agricole, a créé les premières grandes famines d&#8217;origine supranaturelle. Faute de pouvoir financer ces besoins massifs, les États empruntaient, les déficits publics augmentaient, bref ce que les anciennes colonies ne fournissaient plus, ce serait nos petits enfants qui s&#8217;y colleraient. La crise de 2008 a augmenté brusquement les besoins.</p>
<p>Ce parachute ventral est mis à l&#8217;épreuve &#8211; on entend de sérieux craquements depuis quelques semaines&#8230;</p>
<p>Et le plus énorme, dans cette histoire, est que <strong>jamais un tel système n&#8217;aurait eu l&#8217;approbation des peuples sans ces artifices</strong>. Nous sommes dans la situation de devoir subir les effets de Traités dont on nous a fait la promotion à crédit, un crédit à notre propre nom&#8230;</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, les politiques sont face à plusieurs impasses :</p>
<ul>
<li>Un déni démagogique de la situation de surendettement conduit à la situation grecque, 	insolvable.</li>
<li>L&#8217;application drastique d&#8217;une politique de rigueur, en faisant s&#8217;écrouler le PIB, conduit à la 	situation portugaise, qui est également insolvable.</li>
<li>Dans un tel désarroi social, l&#8217;application d&#8217;une politique visant la décroissance et “le partage de la misère” a peu de chances de franchir les urnes.</li>
</ul>
<p>Il faut nous réveiller, constater à quel point une croissance de quelques points est pure folie, prendre connaissance du vrai prix des choses, marché ou pas. Le vrai prix d&#8217;une chose, c&#8217;est ce que ça coûte à <em>produire sans sacrifice</em>, plus ce qu&#8217;il est nécessaire de faire pour rendre possible aux générations suivantes d&#8217;en produire, encore et encore. Rien à voir avec les tarifs précédents.</p>
<blockquote><p>Précisons que la “production sans sacrifice” n&#8217;est pas liée au seul prix de revient ou au prix de marché, mais au prix subjectif du producteur, selon son environnement social &#8211; le prix peut donc être 0€, ou décuplé selon les cas. On notera à quel point sortir de la religion du Marché demande un effort d&#8217;acculturation&#8230;</p></blockquote>
<p>Mais surtout, il va falloir apprendre à multiplier les transactions dont le bilan, le vrai bilan global, est positif.</p>
<p>Une condition nécessaire aux bonnes transactions, dans ce sens, est la confiance mutuelle, car c&#8217;est un capital qui évite les spoliation à moindres frais.<br />
Dans le contexte actuel de défiance généralisée, il faudra être plutôt créatifs&#8230;</p>
<p>Il s&#8217;agit essentiellement d&#8217;améliorer le rendement global de notre système d&#8217;échange, car nous n&#8217;avons plus le luxe de pouvoir “gâcher”. Quelques pistes :</p>
<ul>
<li>Empêcher les marchés de dupes, ce qui suppose à mon avis limiter par écrêtage le pouvoir des 	acteurs – il en faudrait, du courage politique pour fractionner et ventiler les grosses entreprises, ou limiter les parts de marché à quelques %.</li>
<li>Multiplier les situations “d&#8217;expression de la générosité”, ce qui va de l&#8217;amélioration des minima sociaux à celle des conditions facilitant la création d&#8217;entreprise (droits aux ASSEDIC après démission dans le cas d&#8217;un projet de création d&#8217;entreprise, par exemple). La générosité est diverse et sa promotion non dogmatique.</li>
<li>Considérer cette situation de crise comme une période d&#8217;investissements, lesquels seront réalisés 	par des heures de travail payées en parts d&#8217;entreprises ou de créances d&#8217;États, de manière à s&#8217;extraire au plus vite de notre dépendance financière à &laquo;&nbsp;l&#8217;usure&nbsp;&raquo;, qui implique arithmétiquement une croissance élevée et exponentielle.</li>
</ul>
<p><em>Article publié sur <a href="http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-crise-ou-le-miracle-liberal-a-75386">AgoraVox</a> le 24 mai 2010</em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>De l&#8217;entropie en veux-tu en voilà</title>
		<link>http://liger.amsud.net/2010/02/12/de-lentropie-en-veux-tu-en-voila/</link>
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		<pubDate>Fri, 12 Feb 2010 09:16:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Liger</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Thermodynamic-mac Le moins que l&#8217;on puisse dire, c&#8217;est que le terme entropie n&#8217;inspire pas de bons souvenirs chez ceux qui l&#8217;ont abordée en milieu scolaire. C&#8217;est probablement la grandeur courante considérée comme la plus absconse d&#8217;une discipline nommée thermodynamique; discipline que le physicien allemand Arnold Sommerfeld décrit parfaitement : La thermodynamique est un truc marrant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Thermodynamic-mac</h3>
<p>Le moins que l&#8217;on puisse dire, c&#8217;est que le terme entropie n&#8217;inspire pas de bons souvenirs chez ceux qui l&#8217;ont abordée en milieu scolaire. C&#8217;est probablement la grandeur courante considérée comme la plus absconse d&#8217;une discipline nommée thermodynamique; discipline que le physicien allemand <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Arnold_Sommerfeld">Arnold Sommerfeld</a> décrit parfaitement :</p>
<blockquote><p>La thermodynamique est un truc marrant :</p>
<p>- La première fois que vous l&#8217;abordez, vous ne comprenez rien.</p>
<p>- Le seconde fois que vous l&#8217;abordez, vous pensez tout comprendre, sauf un ou deux points.</p>
<p>- La troisième fois que vous l&#8217;abordez, vous savez que non, vous n&#8217;avez rien compris, mais ce coup-ci vous avez l&#8217;habitude et vous n&#8217;en avez plus rien à fiche.</p>
<p><span id="more-221"></span></p>
<p style="text-align: right"><acronym title="Thermodynamik ist ein komisches Fach. Das erste Mal, wenn man sich damit befasst, versteht man nichts davon. Beim zweiten Durcharbeiten denkt man, man hätte nun alles verstanden, mit Ausnahme von ein oder zwei kleinen Details. Das dritte mal, wenn man den Stoff durcharbeitet, bemerkt man, dass man fast gar nichts davon versteht, aber man hat sich inzwischen so daran gewöhnt, dass es einen nicht mehr stört."><span style="text-decoration: underline"><em>texte original</em></span></acronym></p>
</blockquote>
<p>En fait, c&#8217;est la manière d&#8217;aborder cette discipline, la manière statistique, qui complique considérablement les choses.</p>
<p>On vous parle de température, de chaleur, d&#8217;énergie (jusque là c&#8217;est facile), puis de ce truc (l&#8217;entropie) qui caractérise un système, mais qui ne décroit jamais. Qui a rapport avec le désordre. Qui explique que le mouvement perpétuel n&#8217;existe pas. Vous ne savez pas exactement ce que c&#8217;est, mais vous allez faire plein de calculs compliqués autour de ça.</p>
<p>Et c&#8217;est dommage parce que l&#8217;entropie est un concept des plus intéressants.</p>
<h3>L&#8217;ouverture de Ludwig B.</h3>
<p>Avec <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ludwig_Boltzmann">Ludwig Boltzmann</a>, tout devient simple :</p>
<p>Fi des statistiques, le physicien sort sa loupe et s&#8217;intéresse aux micro-états.</p>
<p>Pour comprendre, intéressons-nous à la cuisson des pommes sarladaises :</p>
<blockquote><p><img class="size-medium wp-image-243 alignright" src="http://liger.amsud.net/files/Pommes-sarladaises-300x224.jpg" alt="Pommes sarladaises" width="103" height="77" />Supposons que vous soyez maladroit (hypothèse 1) mais pas trop (hypothèse 2) et que vous fassiez cuire des pommes de terre en tranche dans une poêle.</p>
<p>L&#8217;idéal est que chaque tranche soit cuite sur ses deux faces. Pour retourner les tranches, vous n&#8217;avez droit qu&#8217;à manipuler la poêle (spatule interdite).</p>
<p>- Au départ, toutes les tranches sont crues, et la cuisson commence bien.</p>
<p style="text-align: center"><strong>tout est en ordre.</strong></p>
<p>- Puis vous remuez la poêle de manière à retourner les patates. Chaque tranche a une chance sur deux de se trouver sur sa face non grillée (vous êtes maladroit, par hypothèse 1). Et donc, il y a dans la poêle un mélange de tranches dans le bon sens, et de tranches dans le mauvais sens. Mais comme vous n&#8217;êtes pas trop maladroit (par hypothèse 2), il y a davantage de tranches dans le bon sens.</p>
<p style="text-align: center"><strong>c&#8217;est un peu en désordre</strong>.</p>
<p>- Vous cherchez à corriger le tir, secouez à nouveau la poêle, pour tenter de mettre toutes les patates ou presque dans le bon ordre. Le résultat est pire qu&#8217;avant.</p>
<p style="text-align: center"><strong>c&#8217;est un gros désordre</strong>.</p>
<p>- Si vous renouvelez l&#8217;opération, ça ne changera rien: il y aura toujours à peu près une tranche sur deux d&#8217;inversée.</p>
<p style="text-align: center"><strong>vous avez atteint le désordre maximal</strong>.</p>
</blockquote>
<p>Si les patates s&#8217;étaient collées les unes aux autres dès le départ, les choses auraient été différentes. Il était facile de toutes les retourner à la fois. Mais les tranches sont libres.</p>
<p>Trente tranches dans une poêle représentent 2<sup>30</sup> = 1 073 741 824 états possibles.</p>
<p>Et si les patates étaient coupées en dés (6 faces), on aurait 6<sup>30</sup> = 221 073 919 720 733 357 899 776 états possibles.</p>
<p>L&#8217;entropie représente la capacité d&#8217;un truc à atteindre un niveau de désordre maximal plus ou moins élevé, et dépend du nombre d&#8217;états possibles. Et comme le nombre d&#8217;état croit exponentiellement avec le nombre de patates, on utilise le logarithme pour retrouver le nombre de patates à partir du nombre d&#8217;états.</p>
<p>Car l&#8217;entropie compte en fait les patates. C&#8217;est pratique, parce que si on a deux poêlées, l&#8217;entropie des deux poêlées ensemble est la somme de l&#8217;entropie de chacune des poêlées.</p>
<p>Bref, sur la tombe de Boltzmann est écrit <acronym title="L'entropie (S) est égale à la constante de Boltzmann (k) multipliée par le logarithme népérien (ln) du nombre d'états (W)"><em><strong><span style="text-decoration: underline">S = k ln W</span></strong></em></acronym>, maintenant vous savez pourquoi.</p>
<p>Revenons à notre cuisson :</p>
<blockquote><p>A chaque transformation (on remue la poêle), la probabilité de désordonner est supérieure à celle d&#8217;ordonner. Et on aboutit petit à petit au désordre maximal.</p>
<p>- Si le désordre maximal est faible (patates collées), il est possible de revenir en arrière.</p>
<p>- S&#8217;il est élevé, c&#8217;est &laquo;&nbsp;presque impossible&nbsp;&raquo; au sens des probabilités, et c&#8217;est impossible en vrai. On dit que la transformation est <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9versibilit%C3%A9_et_irr%C3%A9versibilit%C3%A9_en_thermodynamique">irréversible</a>.</p></blockquote>
<h3>Équivalence patate énergie</h3>
<p>L&#8217;énergie d&#8217;un truc peu aussi être décomposé en diverses formes d&#8217;énergie. Des formes ordonnées comme l&#8217;élan du truc, ou désordonnées lorsque par exemple des particules de ce truc tournent sur elles-mêmes. Alors, cette part désordonnée de l&#8217;énergie n&#8217;est pas récupérable, est gâchée. Plus il y a moyen de placer de l&#8217;énergie sous forme désordonnée, plus le truc a une entropie élevée.</p>
<p>Si tout est bloqué, immobile, collé, à -273°C par exemple, le truc a une entropie nulle.</p>
<p>Mais plus on secoue le truc et plus on risque de donner la liberté à des particules, qui vont en profiter pour stocker égoïstement de l&#8217;énergie dans leur coin. J&#8217;ai bien dit &laquo;&nbsp;on risque&nbsp;&raquo;, parce que selon la nature du truc, on gâche plus ou moins l&#8217;énergie qu&#8217;on lui donne.</p>
<p>Illustration :</p>
<p style="text-align: center">
<blockquote><p>- Dans le cas du bocal en plastique, la structure moléculaire est très élastique, et est conservée pendant l&#8217;élongation. L&#8217;énergie de la chute est facile à récupérer. Ainsi le pneu a permis le développement de la bicyclette en améliorant son rendement énergétique.</p>
<p>- Dans le cas du verre, une fois la rupture atteinte, beaucoup de morceaux sont libérés, et chacun part avec son bout d&#8217;énergie pour le dilapider en frottements.</p></blockquote>
<p>D&#8217;une manière générale, plus la structure d&#8217;un truc est faible, plus il y a de niches à énergie &laquo;&nbsp;égoïste&nbsp;&raquo;, plus son entropie est susceptible de croître, et plus ça gâche de l&#8217;énergie. Et à partir de quelques particules libres, on est déjà dans ce cas.</p>
<ul>
<li> Ceci explique pourquoi, à l&#8217;échelle &laquo;&nbsp;humaine&nbsp;&raquo; de la mécanique, le <strong>mouvement perpétuel</strong> n&#8217;existe pas. A chaque transformation, on gaspille un peu d&#8217;énergie, et le mouvement s&#8217;arrête quand tout est converti en chaleur.</li>
<li>Si le truc est simple, fortement structuré, très petit, on a plus de chance d&#8217;éviter le gâchis d&#8217;énergie. On peut alors voir, dans les <strong>nano-technologies</strong>, une clef importante pour la <strong>sobriété énergétique</strong>.</li>
</ul>
<h3>Time</h3>
<p>La puissance du concept d&#8217;entropie est telle que c&#8217;est grâce à elle qu&#8217;on explique l&#8217;existence du temps (qui s&#8217;écoule).</p>
<ul>
<li>Du point de vue de la physique, si l&#8217;on considère l&#8217;univers comme une grosse poêle remplie de trucs divers (dont les patates sarladaises évidemment), on admettra que chaque transformation même infime conduit à un niveau de désordre supplémentaire. Par conséquent, sans retour possible. Le temps ne recule pas, ne bégaye pas, et s&#8217;écoule continument dans le même sens. On appelle ça <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Fl%C3%A8che_du_temps">la flèche du temps</a> thermodynamique.</li>
<li>Du point de vue psychologique, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Stephen_Hawking">Stephen Hawking</a> a cherché à établir un lien entre la mémorisation et ses conséquences en dépense d&#8217;énergie, mettant ainsi la flèche du temps psychologique dans le même sens que la flèche thermodynamique. Ainsi, on se rappelle le passé, mais non l&#8217;avenir. Cette approche peut sembler un peu tordue. Cependant la notion d&#8217;avant et d&#8217;après, et notamment le discernement entre leurs interprétations temporelles et spatiales, sont très liés au culturel, voire altérés par la dyslexie. Passer par le mémoriel évite ce piège.</li>
</ul>
<h3>Extension du domaine de l&#8217;entropie</h3>
<p>Le concept d&#8217;entropie, parce qu&#8217;il apporte à la fois la notion d&#8217;irréversibilité et celle de complexité, a fait l&#8217;objet d&#8217;analogies dans des domaines très variés. Quelques exemples :</p>
<ul>
<li>Le mathématicien <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Shannon">Claude Shannon</a> a développé une théorie de l&#8217;information codée par des signes, sous forme binaire par exemple, dans laquelle l&#8217;entropie représente la quantité d&#8217;information du message. Sans rentrer dans les détails, disons qu&#8217;il n&#8217;est pas une communication numérique, un codage digital, un algorithme de compression ou de traitement du signal qui ne s&#8217;appuie sur les travaux de Shannon. Un grand monsieur. La notion d&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Entropie_de_Shannon">entropie de l&#8217;information</a> explique par exemple pourquoi le code morse utilise un seul signe pour le &laquo;&nbsp;e&nbsp;&raquo; et quatre pour le &laquo;&nbsp;q&nbsp;&raquo;, pourquoi chaque métier a son jargon, ou en quoi le langage SMS est bon pour l&#8217;environnement.</li>
<li>Dérivée de l&#8217;entropie de Shannon, l&#8217;entropie écologique, ou encore indice de Shannon, mesure la <strong>biodiversité</strong> d&#8217;un ensemble de spécimens, en se basant sur leur distribution. L&#8217;entropie quadratique, dérivant de cette notion, prend en plus en compte la dissimilarité entre les individus pour calculer cette diversité. Ces notions vont probablement se développer dans les décennies à venir.</li>
</ul>
<p>Parmi les analogies les plus inquiétantes, au sens de ce qu&#8217;elle trimballe de totalitarisme, est la notion d&#8217;<strong>entropie sociale</strong>. Celle-ci considère qu&#8217;une société est structurée par une <a title="Elle est constituée de la population, des administrations, d'un gouvernement central, de structures décentralisées (régionales, locales) de décision et d'exécution ainsi que d'un ensemble de services publics, d'associations et d'organisations non gouvernementales constituant la société civile." href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_sociale">organisation sociale</a>.</p>
<ul>
<li>L&#8217;entropie sociale mesure la décomposition de cette organisation en observant, entre autres, la disparition des distinctions sociales. Et elle représente l&#8217;énergie nécessaire pour maintenir cette organisation, grâce aux institutions, à l&#8217;éducation, <strong>voire aux média</strong>.Lorsque l&#8217;entropie est maximale, c&#8217;est l&#8217;anarchie.
<p>Si le système est isolé, c&#8217;est à dire sans qu&#8217;on lui injecte de l&#8217;énergie, ce qui implique notamment un accès au pétrole à bon marché, ce système perd sa cohérence et bascule dans l&#8217;anarchie. Cela qui met le pic pétrolier au cœur du débat&#8230;</li>
</ul>
<p>Cette théorie fumeuse fait partie des scories du domaine assez douteux des sciences prédictives. Elle s&#8217;appuie sur une analogie formelle et pas toujours explicitée entre la sociologie et la thermodynamique. Mais elle exprime, je trouve, l&#8217;angoisse propre à la civilisation occidentale face à l&#8217;éventualité de disparition d&#8217;une certaine forme de gavage.</p>
<h3>Libre</h3>
<p>L&#8217;analogie qui me semble pourtant la plus naturelle, puisqu&#8217;on aborde avec l&#8217;entropie des thèmes comme la liberté ou le désordre, la transformation et le temps, est l&#8217;évolution des opinions. Ce qu&#8217;on pourrait appeler l&#8217;<strong>entropie idéologique</strong>.</p>
<p>Aborder un thème sociologique par une vision statistique m&#8217;a toujours posé problème. Mais si l&#8217;on raisonne au niveau de l&#8217;individu, c&#8217;est à dire que l&#8217;on s&#8217;intéresse à son libre arbitre, sa capacité à développer sa propre pensée, il me semble que l&#8217;on ne s&#8217;éloigne pas trop de la réalité.</p>
<p>Considérons alors que l&#8217;individu,</p>
<p>- par son accès croissant à l&#8217;éducation,</p>
<p>- assimilée grâce au développement de l&#8217;esprit critique &#8211; le rôle de la pub et/ou de la propagande dans le développement contemporain de l&#8217;esprit critique est considérable, bien qu&#8217;involontaire, en générant des &laquo;&nbsp;anticorps&nbsp;&raquo; au matraquage ,</p>
<p>- et nourrie par un nombre croissant de sources d&#8217;information &#8211; internet, réseaux sociaux,</p>
<p>considérons donc que cet individu pense de plus en plus par lui-même, et sur la base de données indépendantes.</p>
<p>On peut alors en déduire que son &laquo;&nbsp;degré de liberté&nbsp;&raquo; va s&#8217;accroitre, que son opinion est de moins en moins prédéterminée, bref qu&#8217;un groupe de personne va représenter une plus grande diversité idéologique.</p>
<p>Dans une telle évolution, on pourra alors observer tout ce qui fait justement le concept de l&#8217;entropie :</p>
<ul>
<li>une complexité de société croissante, liée à la diversité idéologique,</li>
<li>une plus grande difficulté à convaincre les foules, donc à canaliser idéologiquement les personnes</li>
<li>et ce de manière irréversible, car la mémoire conserve l&#8217;idée et l&#8217;envie de liberté.</li>
</ul>
<p>Si cette évolution est inéluctable, on peut alors en tirer les conclusions suivantes :</p>
<ol>
<li>Il existe une évolution irréversible des opinions qui tend vers une indépendance maximale : L&#8217;Histoire des idées suit la flèche du temps.</li>
<li>Les grands mouvements idéologiques collectifs, comme à l&#8217;époque de la lutte des classes, ne se reproduiront pas.</li>
</ol>
<p>Du point de vue politique, croire à cette hypothèse conduit bien évidemment à changer radicalement de stratégie. Les discours collectivistes sont caducs. Et même, la démocratie à travers le suffrage majoritaire n&#8217;est plus qu&#8217;une coquille vide, inerte. Et il faut donc imaginer d&#8217;autres manières de convertir des idées en progrès social.</p>
<p>Pour cette raison (tout ça pour ça&#8230;), je suis convaincu que l&#8217;expression des changements les plus signifiants dans notre société ne se feront plus au travers des grands soirs, des victoires électorales, ou d&#8217;autres formes populaires d&#8217;action de masses.</p>
<p>Ou parce que l&#8217;évènement tant attendu n&#8217;arrivera jamais, ou parce que l&#8217;évènement qui arrivera ne peut être qu&#8217;un malentendu.</p>
<p>Il faut donc organiser notre société sans la nécessité du recours à la majorité, et donc de manière à ce que les bonnes volontés (source d&#8217;énergie) puissent s&#8217;exprimer individuellement ou en minorités. <strong>Travailler à un niveau plus faible d&#8217;entropie</strong>, pour pouvoir en récupérer les fruits.</p>
<p>- La multiplication des associations conforte cette idée.</p>
<p>- La capacité des phalanstères à générer davantage de social l&#8217;exprime également.</p>
<p>- La proposition de <a href="http://liger.amsud.net/2009/12/06/et-si-on-legalisait-lamitie-entre-les-peuples/">légalisation d&#8217;accueil d&#8217;un étranger</a> allait dans ce sens.</p>
<p>Inversement :</p>
<p>- L&#8217;échec de la construction européenne constitue un exemple malheureux du sort de ceux qui ignorent cette évolution. L&#8217;entropie idéologique européenne semble bien être arrivée au taquet.</p>
<p>- L&#8217;ONU est un autre exemple de paralysie entropique&#8230;</p>
<p>La liberté individuelle est peut-être trop récente pour que nous ayons les bons outils pour en profiter. Ça viendra.</p>
<p><strong>Irréversible</strong>. C&#8217;est le concept.</p>
<p><em>Article publié sur <a href="http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/de-l-entropie-en-veux-tu-en-voila-69861">AgoraVox</a> le 13 février 2010</em></p>
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